ACTE PREMIER
nonce , et qu'aussitôt que les formes établies par la loi auront été observées , la sentence sera envoyée au Doge. En attendant, les Quarante saluent le Prince delà République, et le prient d'accepter l'assurance de leur respect.
LE DOGE
Oui, ils sont singulièrement respectueux, et toujours humbles La sentence est prononcée , dites-vous ?
VINCENZO
Oui , seigneur ; le président y apposait le sceau , lorsque j'ai été appelé , afin qu'aucun instant ne fût perdu pour vous donner l'avis d'usage, non seulement comme chef de la république , mais encore comme à la partie plaignante.
BERTtrCCIO FALIERO.
N'avez-vous rien aperçu qui pût vous faire deviner leur décision ?
VINCENZO
Non, monseigneur; vous savez le secret dont s'entourent les tribunaux de Venise.
BERTUCCIO FALIERO
Il est vrai ; mais un observateur subtil et un regard perçant peuvent encore deviner quelque chose : c'est un mot dit à voix basse, un murmure, ou l'aspect plus ou moins solennel du tribunal. Les Quarante ne sont que des hommes.... des hommes estimables, sages, justes et prudens, je l'accorde ;... ils sont discrets comme la tombe à laquelle ils condamnent les coupables;... mais cependant sur leur visage, ou du moins sur celui des plus jeunes, un œil pénétrant, un œil comme le vôtre, Yincenzo, pourrait lire la sentence avant qu'elle fût prononcée.
VINCENZO
Monseigneur, je suis parti aussitôt, et je n'ai pas eu le loisir d'observer ce qui se passait parmi les juges, même sur leurs visages ; d'ailleurs j'étais auprès de l'accusé , Michel Sténo, qui...
LE DOGE, r interrompant.
Et quel air avait-il, lui?... Parle.
U MARINO 1 ALIRUO.
VÏNCENZO.
Calnie, mais sans abattement; il semblait résigné à subir l'arrêt, quel qu'il fût. Mais voyez, on vient le lire à votre Altesse. (/-e secrétaire des Quarante entre.)