ÉPITAPHE POUR UN AMI
Laebtids.
Ami à jamais cher à nos cœurs! que de larmes stériles ont arrosé ton cercueil honoré ! que de soupirs répondirent à ton dernier soupir pendant que tu luttais encoi'e dans les ancfoisses de l'asfonie! Si les larmes pouvaient retarder la
sentence tyrannique du trépas; si les soupirs pouvaient écarter le coup de son dard inexorable*; si la jeunesse et la vertu pouvaient obtenir un court délai , ou la beauté charmer ce spectre odieux , et le distraire de sa proie , tu vivrais encore pour consoler ma douleur, pour être la gloire de ton ami , pour faiie son bonheur. Si ton âme erre près des lieux où tes cendres se refroidissent, tu peux découvrir dans mon cœur un deuil trop profond pour être exprimé par l'art du sculpteur. Aucun marbre n'indique la couche de ton dernier sommeil, mais des statues vivantes y versent des larmes. Le simulacre de l'affliction ne s'incline pas sur ta tombe ; l'affliction elle-même y déplore ta perte prématurée. Quoique ton père se désole de se voir privé en toi de l'espoir de sa race , le chagrin d'un père ne peut égaler le mien ! Un fils tel que toi manquera à sa dernière heure ; mais d'autres fils le consoleront. Hélas ! qui te remplacera dans mon cœur? quelle amitié nouvelle ^en effacera ton image? Aucune. Les larmes d'un père tariront; le temps adoucira les regrets d'un frère; la consolation sera connue de tous, excepté de l'ami condamné à gémir seul. 1803.