SONETTO
Ardo d'uniolce fuoco, e quejï ardore Smoijar non cerco, an-^i m'è caro tanto, Che lieto in me\o de le fiamme io canto Le yojîrelodi e' Ifopran vojîro honore;
E chieggio in guiderdone al mio Signore Che non mi dia cagion d'etemo pianto ; Ma d'un' ijlejjb fuoco hoggi altrettanto Viporgaji ch' ogn hor n'auuampi il cuore.
Amor/eco ogni ben mai/emper apporta, Qjiando d'un par dijîo due Petti inuoglia ; Ma s'un ne lafcia, è morte atroce e ria :
Siatemi dunque voi Jicura fcorta :
Suegliate homai quejia grauofa fpoglia, Ch' à voi confacrero la penna mia.
Auuenturoji fiori, Che cosi dolce feno,
Che cosï care chiome in guardia hauejie; Benedetto iljereno Aér doue najcejie; E' que' mille colori
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Di cui natura in voi yagaji piacque :
Ben' fil dolce deflino
Il yqflro, é quef mattino
Cheji felice al morir' yojiro nacque: Vinchino hor' vqflri oiori
Gli odorqfi Sabei, gli Arabi honori.
Dolce Lui/a mia
Che tanto bellafete,
Qpanto ejfer' vi voleté : E' corne il core
Hauete fculto amore, e cortejïa :
TaV ne gli occhi di lor' Jî fcorge traccia
Da quejle dolci braccia,
Da quejii ardenti baci, anima bella,
Morte fola mi fuella
Ne vnqua mai fra noi maggior Jijia
Paura é gelojîa.
Altra luce non veggio :
Altro foie, aima bella,
Fuor che i vojîri occhi fanti
Non ho : é quejii hor chieggio
Sol' per mia guida êjlella
Sempre come hor' fereni.
A yoi beati amanti
Altra inuidia, altro jelo
Non hauro mai :fe il cielo
VuoV che io mia vita meni
In cqfi fatta guifa
A i dolci raggi lor' dolce Luifa.
Eftreines, à Dame Louïze Labé
Louise eft tant gracieufe & tant belle, Louï-(e à tout eji tant bien auenante, Louise ha l'œil de fi viue eftincelle, Loui\e ha face au corps tant conuenante. Défi beau port, fi belle &fi luifante, Loiïi-^e ha voix que la Mufique auoue, Louïje ha main qui tant bien au lut ioue, Louise ha tant ce qu'en toutes on prife, Q]ie ie ne puis que Louise ne loue, Et fi ne puis ajfe( louer Louï-^e.
Ton lut herfoir encorfe refentoit De ta main douce, & gosier gracieus, Et fous mes doits fans leur ay de chant oit: Quand un Démon, ou fur moy enuieus.
Ou de mon bien fe feignant foucieus , Me dit : c'efi trop fus un lut pris plaifir . N'aperçois tu unfurieus defir Cherchant autour de toy une cordelle.
Pour de ton caur la Dame au lut faifir f Et, ce difant, rompit ma chanterelle.
Epitre à fes amis, des gracieufetez de D. L. L.
Que faites vous, mes compagnons, Des chères Mu/es chers mignons ?
Au ous encore en notre ahfence De votre Magny fouuenance?
Magny votre compagnon dous, Qjii ha fouuenance de vous Plus quaj]~t(, s'uiie Damoifeîle Sa douce maitrejje nouuelle Qui Vejîreint d'une ejiroite Foy Le laijfe fouuenir de foy.
Mais le Pouret qu'Amour tourmente D'une chaleur trop véhémente, En oubli le Pouret ha mis Soymefme &fes meilleurs amis :
Et le Pouret â rien ne penfe.
Et Ji n'a de rien fouuenance , Mais feulement il luifouuient De la maitrejfe qui le tient:
Et rien Jrnon d'elle il ne penfe N'ayant que d'elle fouuenance.
Et tout brûlé du feu d'amours Pajfe ainjï les nuits S* les iours.
Sous le ioug d'une Damoifeîle Sa douce maitrejfe nouuelle.
Q}ii le fait ore efdauejien, Ataché d'un nouueau lien :
Qjji le cœur de ce miferable Brûle d'un feu non fecourable , Si le fecours foulacieus Ne lui vient de fes mefmes yeus, Qjii premiers fa famine alumerent, Q}ii premiers f on cœur enflammèrent.
Et par qui peut ejlre adouci L'amoureus feu de fonfouci.
Mais ny le vin ny la viande.
Tant f oit elle douce (y friande.
Ne lui peuuent plus agréer.
Rien ne pourroit le recréer; Non pas les gentilejfes belles De ces gentiles Damoifelles, De qui la demeure Ion met Sur l'Heliconien fommet.
Qu'il auoit toufours honorées, Qii'il auoit toufiours adorées Des f on ieune âge nouuelet, Encores enfant tendrelet.
Adieu donq Nynfes, adieu belles.
Adieu gentiles Damoifelles, Adieu le Chaur Pegajîen, Adieu l'honneur Parnafen.
Venus la mignarde Deejfe, De Paphe la belle Princejfe, Et fon petit fils Cupidon
Me maitrifent de leur brandon.
Vos chanfons n'ont point de puijfance
De me donner quelque allégeance
Aus tourmens qui tiennent mon caur,
Gennè d'une douce langueur
le n'ay que faire de vous, belles:
Adieu, gentiles Damoifelles :
Car ny pour voir des monceaus d'or
AJJemble\ dedens un tre/or,
Ny pour voir jîojJoter le Rone,
Ny pour voir efcouler la Sone,
Ny le gargouillant ruijfelet,
Qui coulant d'un bruit doucelet,
A dormir, d'une douce enuie,
Sur la frefche riue conuie :
Ny par les ombreus arbrijfeaus
Le dous ramage des oifeaus,
Ny violons, ny efpinettes,
Ny les gaillardes chanjonnettes,
Ny au chant des gayes chanfons
Voir les garces & les garçons
Fraper en rond, fans qu'aucun erre,
D'un branle mefuré, la terre.
Ny tout cela qu'a de ioyeus
Le renouueau delicieus,
Ny de mon cher Giués (qui m'ayme
Comme fes yeus) le confort mefme,
Mon cher Giués, qui comme moy
Languit en amoureus e'moy,
DE DIVERS POETES. »a^
Ne peuvent jJater la langueur Qui tient genne mon poure caur ; Bien que la mignarde maitrejje, Pour qui ie languis en détrejje, Contre mon amoureus tourment Ne s' endurcijfe fièrement^ Et bien qu'ingrate ne fait celle, Celle gentile damoifelle Qjiifait d'un regard bien humain, Ardre cent feus dedens monfein.
Mais que fert toute la carejje Q]ie ie reçoy de ma maitrejje?
Et que me vaut pajfer les iours En telle efperance d'amours.
Si les nm'{ de mile ennuij pleines Rendent mes efperances veines?
Et les iours encor pleins d'ennuis, Qji'abfent de la belle iefuis?
Q]iiind ie meurs, abfent de la belle.
Ou quand ie meurs prefent près d'elle N'ofant montrer (6 dur tourment!) Comment ie l'ayme ardantement ?
Celui vraiment eji mijerable Qu'Amour, voire ejîant fauorable, Rend defafiame langoureus.
Chetif quiconque ejî amoureus.
Par quijî cher eJî efimee Vnejî légère fumée D'un plaifir/uiui dejî près
De tant d'ennuij qui font après.
Si ây ie aujji cher ejiimee Vneji légère fumée.
Des beautez de d. l. l.
Ou print l'enfant Amour le fn or qui dora En mile crefpillons ta tejîe hlondijfante? En quel iardin print il la ro^e rougijfante Qjii le lii argenté de ton teint colora ?
La douce grauité qui ton front honora,
Les deus rubis balais de ta bouche alléchante, Et les rais de cet ail qui doucement m'enchante, En quel lieu les print il quand il t'en décora ?
D'où print Amour encor ces filets & ces lejfes
Ces haims fi* ces apafis que fans fin tu me drejfes Soit parlant ou riant ou guignant de tes yeus?
Il print d'Herme, de Cypre, & dufein de l'Aurore, Des rayons du Soleil, & des Grâces encore, Ces atraits&'ces dons, pour prendre hommes & Dieus.
DE DIVERS POETES ti\
A elle mefme.
O ma belle rebelle, Las que tu m'es cruelle !
Ou quand d'un dous fou\ris Larron de mes efprits, Ou quand d'une parole Si mignardement mole, Ou quand d'un regard d'yeus Trayîrement gracieus, Ou quand d'un petit gejie Non autre que celejle.
En amoureufe ardeur Tu m'enjlammes le caur.
O ma belle rebelle.
Las que tu m'es cruelle/ Qiiand la cuifante ardeur Qui me brûle le cœur.
Veut que ie te demande A fa brûlure grande Vu rafrechijjement D'un baifer feulement.
O ma belle rebelle, Qjie tu ferais cruelle l Si d'un petit baifer Ne voulais l'apaifer,
Au lieu d'alegemenî Acroijjlmt mon fourment.
Me puJJfe-ie un iour, dure, Vanger de cette iniure :
Mon petit maitre Amour Te puijje outrer un iour, Et pour moy langoureufe Il te face amoureufe.
Comme il m'a langoureus Pour toy fait amoureus.
Alors par ma vengeance Tu auras connoijjance Que vaut d'un dous baifer Vn Amant refujer.
Et Ji ie te le donne, Ma gentile mignonne, Quand plus fort le dejïr En viendrait te faifir :
Lors après ma vengeance.
Tu auras connoijfance Qiiel bienfait, d'un baifer L'Amant ne refufer.
'-tîSJS'
Double Rondeau, à elle.
Efiant nauré d'un dard/ecrettement.
Par Cupidon, & blefsé û outrance, le n'ofois pas decîairer mon tourment Saifi de peur, delaifsé d'efperance.
Mais celui feul, qui m'auoit fait Vofenfe, M'a ajjeurè, difant, que fans ofenfe le pouuois bien mon ardeur déceler, Ce que i'ay fait fans plus le receler, Efiant nauré.
A une donq pourement ajfuré,
Creingnant bien fort d'elle efire refusé, Ay déchiré du tout ma doleance :
Et fut mon mal hardiment excusé Lui fupliant me donner allégeance, Ou autrement ie perdrois pacience EJiant nauré.
Au mien propos haji bien refpondu Celle que i'ay plus chère que mon ame, Et mon vouloir fagement entendu, Qjie ie confens qu'il me foit donne blâme Si ie l'oublie : car elle m'a rendu Lefens, l'efprit, l'honneur, le cœur & l'ame EJîant nauré.
128 ESCRIZ
Ode en faueur de D. Louïze Labé à fon bon Signeur.
Mufes, filles de lupiter, Il nous faut ores aquiter Vers ce doâe & gentil Fumée, Qui contre le tems inhumain Tient vos meilleurs trets en fa main, Pour paranner fa renommée.
le lui dois, il me doit aujjî :
Et fi i'ay ores du fouci Pour faire mon payment plus dine, le le voy ores deuant moy En un aujfi plaifant èmoy Pour faire fon Ode Latine.
Mais par ou commencerons nous?
Dites le, Mufes : car fans vous le ne fuis l'ignorante tourbe, Et fans vous ie ne peu chanter Chofe, qui puijfe contenter Le père de la lyre courbe.
Qjiand celui qui iadis naquit
Dens la tour d'erein, que conquit lupiter d'une caute rufe.
Vt trenche le chef qui muoit En rocher celui qu'il voyait. Le chef hideus de la Medufe:
Adonques -par l'air s'en allant.
Monté fur un cheual volant, Il portoit cette horrible tejîe :
Et ia défia voifin des Cieus Il faifoit voir en mile lieus La grandeur de cette conquefte.
Tandis du chef ainfi trenche Efiant frefchement arraché, Difiiloit dufang goûte à goûte:
Qiiifoudein qu'en terre il ejioit.
Des fleurs vermeilles enfantoit,
. Qf/i changeaient la campagne toute,
Non en Serpent, non en ruijfeau.
Non en Loup, & non en oifeau.
En pucelle. Satire, ou Cyne :
Mais bien en pierre : faifant voir Par un admirable pouuoir La vertu de leur origine.
Et c'efi aujji pourquoy ie crois, Qite fendant l'air en mile endrois Sur mile étrangères campagnes, A la fin en France il vola.
Ou du chef hideus s'efcoula Quelque fang entre ces montagnes:
Mefmement auprès de ce pont Opposé vi{ à vi\ du mont,
IJO
Du mont orguilleus de Former e :
En cet endroit ou ie te vois Egaler meinte & meinte fois Entre l'une & l'autre riuiere.
Car de/lors que fatalement l'en aprochay premièrement, le vis des la première aproche le nefay quelle belle fleur :
Quifoudein m'efclauant le caur Le fit changer en une roche,
le vij encor tout à lentour Mile petis frères d'Amour, Qui menoient mile douces guerres :
Et mile creintifs amoureus Qjii tous comme moy langoureus Auoient leurs cœurs changeT^ en pierres.
Depuis ejlant ainji rocher, le vij près de moy aprocher Vne Medufe plus acorte Que celle dont s'arme P ail as.
Qui changea iadis cet Atlas Qjji le Ciel fur l'ef chine porte.
Car elle ayant moins de beauté'^, De ces cheueus enferpente\ Faifoit ces changemens ejiranges:
Mais cetteci, d'unfeul regard De fon ail doucement hagard Fait mile plus heureus ef changes.
Celui qui voit fon front Ji beau,
DE DIVERS POETES. IJl
Voit un ciel, ainçois un tableau
De crijîal, de glace, ou de verre :
Et qui voit f on four cil bénin.
Voit le -petit arc hebenin,
Dont Amour f es traits nous dejjerre.
Celui qui voit fan teint vermeil.
Voit les rofes qu'à fou réueil
Phehus êpanit & colore :
Et qui voit fes cheueus encor.
Voit dens Paâole le trefor
Dequoy fes fablons il redore.
Celui qui voit fes y eus iumeaus,
Voit au ciel deus heureus fiambeaus.
Qui rendent la nuit plus ferene :
Et celui qui peut quelquefois
Efcouterfa diuine voix
Entend celle d'une Sirène.
Celui qui fleure en la baifant
Son vent fi dous & fi plaifant.
Fleure l'odeur de la Sabee :
Et qui voit fes dens en riant
Voit des terres de l'Orient
Meinte perlette defrobee.
Celui qui contemple f on fein
Large, poli, profond & plein,
De l'Amour contemple la gloire.
Et voit fon teton rondelet.
Voit deus petis ga-^ons de lait.
Ou bien deus boulettes d'iuoire.
Celui qui voit fa belle main.
Se peut ajjeurer tout foudein D'auoir vu celle de l'Aurore :
Et qui voit f es pie^Ji petis, S'ajfeure que ceus de Thetis Heureus il ha pii voir encore.
Qjiant à ce que l' acoutrement Cache, ce femble, exprejfement Pour mirer fur ce beau chef d'euure.
Nul que l'Ami ne le voit point :
Mais le grajjelet embonpoint Du yifage le nous defcauure.
Et voilà comment ie fu\ pris Aus rets de l'enfant de Cypris, Efprouuant fa douce pointure :
Et comme une Medufe fit, Par un dommageable proufit.
Changer mon caur en pierre dure.
Mais c'eft au vray la rarité De fa grâce & de fa beauté.
Qui rauit ainfi les perfonnes :
Et qui leur ote cautement La franchife & le fentiment, Ainfi que faifoient les Gorgonnes.
Le Tems cette grand' fauls tenant Se vét de couleur apurée.
Pour nous montrer qu'en moiffonnant Les chofes de plus de durée, llfe gouueme par les Cieus:
DE DIVERS POETES. IjJ
Et porte ainfi la barbe grife.
Pour faire voir qu'Hommes & Dieus
Ont de lui leur naijfance prife.
Il jjjemble meinte couleur
Sur fon a^ur, pource qu'il treine
Le plaifir après la douleur
Et le repos après la peine :
Montrant qu'il nous faut endurer
Le mal, penfant qu'il doit fin prendre.
Comme l'Amant doit efperer.
Et merci de fa Dame atendre.
Il porte fur fon vêtement,
Vn milier d'ejles empennées.
Pour montrer comme vitement
Il s'en yole auec nos années :
Et s'acompagne en tous fes faits
De cette gente Damoifelle,
Conférant que tous fes efets
N'ont grâce ne vertu fans elle.
Elle s'apelle Ocajjon
Qjii chauue par derrière porte,
Sous une doéle allujjon.
Ses longs cheueus en cette forte :
A fin d'enfeigner à tous ceus
Qui la rencontrent d'auenture.
De ne fe montrer parejfeus
A la prendre à la cheuelure.
Car s'elle fe tourne & s'en fuit.
En vain après onfe trauaille: