NON SI NON LA
En contcmplacion de D. Louïze Labé.
Quel Dieu grava cette inagesté douce En ce gay port d'une pronte allégresse? De quel liz est, mais de quelle Déesse Cette beauté, qui les autres destrousse?
Quelle syrene hors du sein ce chant pousse. Qui decevroit le caut Prince de Grèce?
Quels sont ces yeus. mais bien quel trofée est ce, Qui tient d'Amour l'arc, les treis et la trousse ?
Ici le Ciel libéral me fait voir
En leur parfait grâce, honneur et savoir,
Et de vertu le rare témoignage;
Ici le traytre Amour me veut surprendre. Ah! de quel feu brûle un cœur ja en cendre? Comme en deus pars ce peut il mettre en gage ?
DE DIVERS POETES
A D, Louïzc Labé, sur son Portrait,
Jadis un Grec sus une froide image, Que consacra Praxitèle à Cyprine, Rafreschissant son ardente poitrine, Rendit du maitre admirable l'ouvrage.
Las! peu s'en faut qu'à ce petit ombrage, Reconnoissant ta bouche coralline Et tous les trais de ta beauté divine, Je n'aye autant porté de témoignage.
Qu'ust fait ce Grec si cette image nue Entre ses bras fust Venus devenue ?
Que suis je lors quand Louïze me touche
Et, l'accollant, d'un long baiser me baise L'ame me part, et, mourant en cet aise, Je la reprens ja fuiant en sa bouche.
Sonnet.
Je laisse apart Méduse et sa beauté, Qui transmuoit en pierre froide et dure Ceus qui prenoient à la voir trop de cure, Pour admirer plus grande nouveauté
ESCRIZ
Et reciter la douce cruauté De Belle a soy, qui fait bien plus grand' chose, Lors qu'en son tout grâce naïve enclose Veut eslargir sa douce privante.
Car d'un corps fait au comble de son mieus, Du vif mourant contournement des yeus A demi clos tournans le blanc en vue,
Puis d'un soupir mignardement issant Avant Tapas d'un souzris blandissant, Les regardans en soymesme transmue.