‹ Œuvres de Louise Labé (volume 3)Chapitre 30 sur 33 · COMPLÉMENT · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT

ferait aisément deux parts des sonnets : d'un côté, le lot de la jolie femme; de l'autre, le lot de la beauté spirituelle et poétique. La première,

L'unique fleur et gemme que j'adore,

est une certaine Marguerite, une jeune Quercinoise qu'il a nommée dans ses Odes. Quant à la seconde, c'est Louise, c'est la Belle Cordière! Qu'on se souvienne qu'elle avait quelque cinq ans de plus que Magny, et qu'on me dise à qui mieux qu'à elle conviennent les vers suivants (sonnet XV) :

S'esbahit-on de ce qu'ainsi j'adore Geste beauté qu'on cuyde voir flétrie?

Puisque l'objet de mon idolâtrie De son parfait nostre siècle redore.

Encore mieux (sonnet XIX) ceux où il est dit que le Ciel Ta ornée

.... d'un esprit enrichi de faconde

Et du trésor le plus prisé des deux,

0 beaux cheveux qui captivez mon âme!...

0 rare esprit qui as ravi le mien !

Et plus loin (sonnet LVI) :

Dois-je mourir ou, sans espoir de rien. Servir toujours ceste dame virile!

Cette dame virile^ n'est-ce pas le capitaine Loys? ce trésor le plus prisé des deux, n'est-ce pas la poésie.? Cette

Castianire enfin, dont le portrait, gravé en tête des Amours, ressemble, en plus jeune, à l'image de la poétesse lyonnaise tracée, en 1555, par Wœïriot, n'est-ce pas Louise Labé?

Après ces trois pièces de vers, on trouvera le testament de Louise, qui, bien que rédigé par son notaire, est dicté par elle, et renferme sur sa personne, sur les siens, sur sa fortune, des particularités intéressantes.

SONNET

Las! cestuy jour, pourquoy Vai-je peu voir, Puisque ses yeux alloient ardre mon ame? Doncques, Amour, fault-il que par ta flame Soit transmué nostre heur en desespoir!

Si on sçavoit d^aventure prévoir

Ce que vient lors, plaincîs, pointures et blasme;

Sifrescfie fleur esvanouir son basme

Et que tel jour faist esclore tel soir;

Si on sçavoit la fatale puissance, Que viste aurois eschappé sa présence!

Sans tarder plus , que viste l' aurois fui !

Las! las ! que dy-je? 0 si pouvoit renaistre Ce jour tant dous ou je le vis paroistre , Oysel léger, comme j'irois à luy!

SONNET

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