II
Io6 APPENDICi.
On lit, p. açi :
« Louise TAbé, Lyonnoise, femme tres-docte, vulgairement appellee la belle Cordiere de Lyon, de laquelle l'anagramme est, Belle à soy; elle sçavoit fort bien composer en vers et en prose.
« Elle a escrit un dialogue en prose françoise, intitulé le Débat de Folie et d'Honneur (sic), imprimé avec plusieurs poésies de son invention et autres de ses amis, le tout a esté imprimé ensemble à Lyon par Jean de Tournes l'an 1555, et le tiltre est tel. Les oeuvre de Loyse l'Abbé Lyonnoise, etc.
« Elle florissoit à Lyon soubs Henri a, l'an 1555.»
ANTOINE DU VERPIER (($85).
LA bibliothèque d'Antoine du Verdier, seigneur de Vauprivas. A Lyon y par Barthélémy Honorât, 1585, avec Privilège du Roy, On lit, p. 8aa :
« Loyse Labé courtisane Lyonnoise (autrement nommée la belle Cordiere pour estre mariée à un bon homme de Cordier) picquoit fort bien un cheval, à raison dequoy les gentilshommes qui avoyent accez à elle l'appelloyent le capitaine Loys, femme au demeu-
rant, de bon et gaillard esprit et de médiocre beauté : recevoit gracieusement en sa maison seigneurs, gentilshommes et autres personnes de mérite avec entretien de devis et discours, Musique tant à la voix qu'aux instrumens où elle estoit fort duicte, lecture de bons livres latins, et vulgaires Italiens et Espaignols dont son cabinet estoit copieusement garni, collation d'exquises confitures, en fin, leur communiquoit privement les pièces plus secrètes qu'elle eust, et pour dire en un mot faisoit part de son corps à ceux qui fonçoyent : non toutesfois à tous, et nullement à gens mechaniques et de vile condition quelque argent que ceux là luy eussent voulu donner. Elle ayma les sçavans hommes sur tous, les favorisant de telle sorte que ceux de sa cognoissance avoient la meilleure part en sa bonne grâce , et les eust préféré à quelconque grand Seigneur et fait courtoisie à l'un plustost gratis qu'à l'autre pour grand nombre d'escus : qui est contre la coustume de celles de son mestier et qualité. Ce n'est pas pour estre courtisanne que je luy donne place en cete Bibliothèque, mais seulement pour avoir escrit... »
Suivent : i* la nomenclature des pièces écrites par Louise Labé ; a* l'ode de Jacques Peletier que nous avons reproduite plus haut ; j* Une des poésies publiées à la suite des œuvres de la Belle Cordière (Du Verdier oublie de dire le nom de l'auteur) ; 4* une très longue analyse du Débat de Folie et d^ Amour.
Io8 APPENDICE.
CLAUDE DE RUBYS (1604).
HISTOIRE yMtabîê de la ville de Lyon, — Contenant ce qui a esté ohnds par Maistres Symphorien Champier, Paradin, et autres, qui çy devant ont escript sur ce suhject : Ensemble ce, en quoy Us se sont foryoyt{ de la vérité de Vhistoire, Et plusieurs autres choses notables, concernons l'histoire universelle, tant Ecclésiastique que prophane, ou particulière de France. — Avec un Sommaire recueil de l'administration Politicque de la dicte ville, — Ensemble un petit discours de l'ancienne Noblesse de la maison illustre des Medid de Florence. — Le tout recueilly, et ramené à l'ordre des temps, et à la vraye Chronologie, par Maistre Claude de Ruhys, ConseUlier du Roy, en la Seneschaussee et siège Presidial de Lyon, et Procureur gênerai de la communauté de la dicte ville.
Dédié à Monseigneur le Chancelier.
A Lyon, Par Bonaventure Nugo. M.DCIIII. Avec Privilège du Roy pour dix ans.
L'avant-propos de cet ouvrage contient le passage suivant :
«... Et de faict que Paradin aye esté de ces gens,
qui croyent et escrivent legîerement, je le pourrois vérifier par le récit de plusieurs discours fabuleux, qu'il a employez et affirmez pour véritables dans ses escrits : mais me contenteray d'un seul, qui est en son histoire de Lyon. C'est là où il célèbre le loz de ces deux insi-
APPINDICE.
« Pemeue de GuUlet et Louise Labhé Lyonnoises, « Tant de plumes ont passé sur le los de ceste dame (Pemette de Guillet) que si je ne luy eusse donné place parmy ces dames illustres, je perdoie ma réputation ou pour luy envier la gloire qu'elle mérite ou pour n'avoir eu l'esprit de faire estime des raretés et singularités esclairans tout cest univers. D'apporter ici tout ce qui pourroit estre requis pour exprimer les louanges de ceste dame lyonnoise, je ne l'ay entrepris, je ne le sçauroie, et quant j'y pourroie donner atteinte, je ne le voudroie parce que ce discours me jetteroît en une trop ennuieuse prolixité, je me contanteray la recommander à la postérité pour trois perfections qu'elle a eu. La premi^e d'avoir eu la poésie à conmiandement, avec des pointes, grâces et élégances qui ont si bien rencontré, que les espris les mieux appris en demeurent du tout espris. La seconde passe plus outre, car outre la gentillesse incroyable qu'elle avoit, elle avoit une chasteté et pudicité de telle retenue que ses poésies n'estoient que reigles et enseignemens à la vertu et à l'honneur. Elle n'avoit artifîé le myrthe de Venus, et cela la rend de tant plus admirable que de son tems, comme cela ne se pratique que par trop pour le jour d'huy, on tenoit une poésie sans goust, sans air et sans plaisir, si on ne donnoit quelque refrein à l'Amour. Ceste dame adextroit ses vers en tel artifice, que, quoyqu'ilz ne sentissent les impudicités de Cupidon, si est-ce qu'ilz trouvoient une grâce merveilleuse envers les plus degoustés de l'honneur. Naturellement ses labeurs estoient animés de chasteté, elle ayant
le cœur, la phantaisie, ses discours et ses deportemens pHés à la chasteté. Ce que j'admire de plus en elle, est qu'elle avoit empreinte en son cœur la pieté et qu'elle s'esbatoit à tistre des chansons spiritueles et méditations de saincteté. Exemple que je desireroie estre pris par nos succrées qui des qu'elles peuvent jecter un pied devant un autre sont les plus empressées du monde pour s'embesoigner, comme si la bonté de Dieu, sa grâce, sa vertu et la pieté ne leur apprestoient assés de sujet pour emploier leur tems. Or ceste dame quicta ce siècle pour prendre possession du royaume dès cieux, l'an du salut mil cinq cens quarante cinq, regrettée à merveilles et surtout par plusieurs poètes qui célébrèrent de leurs vers ses obsèques.
« Je luy feray tenir compaignie en cest éloge par une autre dame Lyonnoise nommée Louise L'Abbé, laquelle le sieur Guillaume Paradin, au troisième livre de son histoire de Lyon, chapitre 29, loue fort avec celle de laquelle je viens de parler et en fait estât comme de deux astres radieux et des plus clairs entendemens de tout le sexe femenin de nostre tems. Ceste Louise avoit la face plus angelique qu'humaine, mais ce n'estoit rien au rapport de son esprit tant chaste, tant vertueuz, tant poétique, tant rare en sçavoir qu'il sembloit qu'il eut esté créé de Dieu pour estre admiré comme un prodige entre les humains. Car encores qu'elle fut fort bien versée en la langue latine, dessus et outre la capacité de son sexe, elle estoit admirablement excellente en la poésie des langues vulgaires dont rçndent tesmoignage ses œuvres
qu'elle a laissé à la postérité, entre autres, son Dialo" gue de la Folie et de l'Amour, plein de tant et si belles fleurs, tant pour la moralité que pour les descriptions élégantes qu'elle y a artificieusement dressé que ceste oeuvre a esté recerchée et admirée des espris les mieuz'nés de ce siècle. Le seigneur Jaques Ridouet, sieur de Sancé, comme entre les gentilhommes angevins il seroit bien marry d'avoir quicté le pas à aucun, non moins pour la prouesse que pour la doctrine, a pris un tel goust au dialogue de ceste dame, qu'il a dressé trois autres discours élegans en rithme auzquels par manière d'imitation, suivant la piste, et prenant le sujet de ceste dame, il a enfoncé la dispute qu'elle avoit entamé. Je recognoistray qu'il y a apporté des inventions et artifices qui surpassent de beaucoup le premier project de celle dame, laquelle ne perd pour cela un seul point de sa louange. Elle est vaincue par un seigneur qui naturellement a plus de roideur et de force qu'une femme, auquel pour la raison et jugement elle ne feroit difficulté de céder. Et finalement, elle ayant tracé le premier dessein, le sieur de Sancé ayant peu etdeu adjouster perfection à ce qui estoit esbauché. Le S' Paradin la prise de chasteté, ce que je ne répute pas à moins que sa dextérité d'esprit. »
PERNBTTI.
Recherches pour seryir à l'histoire de Lyon, ou Les Lyonnois dignes de mémoire. Lyon, 1757. 2 vol.
PERNETTi, qui parle d'après des documents contemporains, mérite une place particulière parmi les biographes de la Belle Cordière, d'autant plus qu'on a vécu sur son fonds jusqu'en 1824. La dernière partie (I, p. 35 1) de son article sur Louise Labé me semble devoir être citée :
« Une contestation survenue pour la maison qu'occupe aujourd'hui M. Dupré, négociant de cette ville rue Belle- Cordiere, ayant obligé d'avoirrecours aux terriers de l'archevêché, on y a trouvé plusieurs anecdotes intéressantes, qu'on ne cherchoit pas, et qu'on avoit ignorées jusqu'à ce jour : I* que Louise Labbé étoit fille d'un nommé Charly, dit Labbé; a* qu'elle avoit été mariée à Ennemond Perrin, marchand cordier, fort riche, qui possédoit plusieurs maisons à Lyon, une entr'autres située en l'angle de la rue Confort, allant des Jacobins à l'Hôpital, et une petite rue à la porte de Belle-Cour; 3* que cette rue fut ouverte alors, qu'elle prit dans la suite II. 5"
le nom de Belle-Cordiere, qui étoit le surnom de Louise Labbé ; 4* que cet Ennemond Perrin se trouve mort en 1565, après avoir fait sa femme son héritière universelle ; que n'ayant point d'enfants d'elle, il lui substitue Jacques et Pierre Perrin, ses neveux, fils de François Perrin, son firere, et à leur défaut l'Hôtel-Dieu ; 5* que , Louise Labbé est morte au mois de Mars 1586; 6* que Jacques et Pierre Perrin, ses neveux substitués, étant morts sans enfants, l'Hôtel-Dieu étoit entré en possession de tous les biens d' Ennemond Perrin -, 7* que la maison en question avoit été vendue à noble Homme (ici une lacune quHlfaut remplir avec le nom de Berthier) Conseiller au Parlement de Grenoble, qu'elle avoit ensuite passé au sieur de Courtines, Ecuyer, et que M. Dupré l'avoit achetée des héritiers du sieur de Courtines. « Mes lecteurs observeront qu'il n'est pas vraisemblable qu'Ennemond Perrin eût fait sa femme héritière si elle avoit été coupable des excès qu'on lui reproche. « M. Besson, que nous venons de perdre, si connu par son habileté dans les terriers, m'a communiqué ces notes peu de temps avant sa mort ; il m'a ajouté qu'il avoit vu beaucoup de vers latins de la composition de Louise Labbé entre les mains du P. Menestrier, qui se sont perdus sans doute avec tant d'autres manuscrits de ce grand homme. Cette seconde observation sert encore à justifier la belle Cordiere ; une vie aussi occupée que la sienne est trop opposée à l'oisiveté, source ordinaire du désordre. »