‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 158 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Les Sauvages ont la connaissance dune cause première quelconque, et quelquefois, il est vrai, très grossière. Les sourds-muets ne l'ont pas. Cest que les Sauvages tiennent cette connaissance de leurs traditions, et que, réduits à leurs propres idées, les sourds-muets sont sans traditions.

La foi, c'est louïe, comme la dit un écrivain sacré, je crois saint Paul. Pour les sourds-muets, il faudrait franchir l'ouïe , et arriver directement à l'intelligence. S'il était en notre pouvoir de ressaisir la faculté primitive dont je parlais tout-à-l'heure^ nous aurions trouvé le véritable traitement du sourd-muet.

Parmi les théologiens , ceux qui ont sout^u l'éternité des peines, et qui ont été moralistes en même temps, ont dit que les réprouvés méritaient incessamment la réprobation : ils ont jugé avec raison que si ce n'était pas ainsi > la perpétuité du supplice serait une chose injuste. Dans les réprouvés, disent-ils, la volonté du mal survit à la liberté, ce qui suffît pour motiver la continuité de la peine. Un jour sans doute, et il faut désirer que ce jour ne soit pas éloigné, un jour tous les théologiens seront d'accord sur ce point. Ils comprendront que les êtres intelligents ne peuvent se passa: de liberté^ même les êtres intdligents déchus. D'autres épreu<^ ves leur seront accordées, pour que tous parvien*-

nent à accomplir la loi définitive de leur être. La touchante inspiration qui a produit Abbadona attendrira la rigueur du dogme: les véritables poètes ont quelque chose de prophétique. Nul ne doute de la religion de Klopstock : quoique ce grand hymnographe ait appartenu à une communion qui a repoussé le purgatoire, et adopté la prédestination, il s est rendu l'interprète du christianisme de ce temps de tolérance, comme le Dante fut Tinterprête du terrible christianisme du moyen âge. C'est avec une sorte d'anxiété que je fais de telles excursions dans un domaine où peut-être il eût été de mon devoir de rester étranger ; mais comment séparer ^es destinées humaines de ce qui en fait l'ame et la vie, de la religion ? J'ai dit plus haut que tout était successif dans le temps, même la manifestation des vérités religieuses; que la pensée divine, en daignant revêtir les formes de la parole, a dû consentir à devenir successive comme la pensée humaine elle-même. Appliquons ceci au dogme des peines éternelles, et achevons de nous exprimer dans le langage des lois de la société. La peine de mort est une peine définitive, relativement à ce monde. Est-ce à l'homme ignorant à infliger une peine définitive? est-ce à l'homme qui vit dans le temps, et dans un temps si fugitif, à retrancher le temps à son semblable? Les arguments qu'on a

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