‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 163 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

L e sen timent de l'humanité est si no uveau, qu e le siècle de Louis XFV ne s'en est ap proché que sp éculatiyçinent ; jusque-là encore , en effet , des classes entières ont été exclues des sympathies sociales, étaient placées , par la force des choses, en dehors des mœurs générales. Toutp rouve que lap parition de rhomme sur la terre est un fait récen t ; et toutefois on ne peut se dissimuler que Ion trouve dans l'antiquité des traces d'une filiation de traditions si fortes et si homogènes qu'on doit les croire l'ouvrage des siècles. Ce problème , à-la-fois historique et philosophique, est loin d'être insoluble. Mes données sur le plébéianisme, dont j'ai présenté plus haut un premier aperçu , peuvent servir à éclair cir déjà une question qui recevra par la suite tous ses développements. Ainsi que je l'ai dit, l'évolution plébéienne est l'évolution de l'humanité elle-même.

Dieu , et je ne saurais trop insister sur ceci, Dieu a voulu que nous apprissions, que nous nous assimilassions ce que nous apprenons, enfin que nous nous fiissions nous-mêmes. Dieu a voulu de plus que nous méritassions par la foi ; et j'entends ici la foi dans un sens étendu, planant au-dessus de toutes les religions , pour ne s'appliquer qu a ce que j'appelle les traditions générales, la religion universelle du genre humain.

Cest la i*évélation qui fait la différence entrç la

religion naturelle du déiste et la religion catholique du théosophe.

Les pai'tisans de cette prétenctue religion naturelle se trompent y et, j ai déjà signalé cette analogie, ils se trompent du même genre d'erreur que, dans Tordre pcditique, les partisans du contrat social, ou de la société reposant sur une convention.

La philosophie du dix-huitième siècle est donc tout entière à renverser. C'est un bélier qui a bien abattu de vieilles murailles ; hâtons-nous de réduire en cendres ce bélier inutile, qui pourrait devenir un instrument dangereux.

Gravissons le mont sacré pour nous élever jusqu'à la hauteur où l'on respire ce parfum de vérité religieuse dont toutes les institutions humaines sont si intimement imprégnées, et qui s'exhale même des religions fousses; car toutes les convictions doivent être motivées , et si l'homme n'inventa pas la société , à plus forte raison il n'inventa point une religion. C'est en ce sens que toute religion repose sur un fondement vrai ; c'est en ce sens encore que l'Église, dépositaire des traditions , peut dire : Hors de l'Eglise point de salut.

Ne voyons-nous pas que tout dans le monde, et dès l'origine, s'achemine vers le christianisme , seule loi , loi primitive d'émancipation et de grâce? Nous ne saurions donc trop nous empresser maintenant

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