‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 17 sur 180 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

il faut Tintroduire dans le domaine de la poésie/La plupart des documents dont je parle ont été détruits par lesr barbares , ou falsifiés par un zélé mal entendu et fanatique. La nuit du moyen âge a été la nuit non seulement pour le temps où elle a régné, maïs encore pour les siècles antérieurs, et pour ceux qui ont suivi. Il faut le dire, ce n'est pas au farouche Omar qu on peut attribuer, si même il nâ pas été calomnié en ceci, la fimeste invention de vouloir effacer le passé, de vouloir déshériter l'avenir j^Ti^empîë qùll n*avaît pas ïesom de recevoir, illalégué à des successeurs en barbarie qui à leur tour se seraient sans doute passés dusien. On ne s'est pas toujours borné, Dieu en soit juge! à anéantir des livres ou des monuments ; il a fallu verser le sang humain par torrents , et le mot martyr a voulu dire à-la-fois victime et témoin. Nous savons que, déjpuis les pythagoriciens , tous égorgés en un jour, jusqu'aux Albigeois, anéantis d'un seul coup, on n'a jamais été avare de ces sortes d'exécutions où le génie de la plus féroce cruauté emprunte des armes sacrilèges à la superstition ou au fenatisme du prétendu bien public. Les collèges des Druides ont ainsi péri , ensuite les Bardes. L'école d'Alexandrie a fini misérablement; et la belle et savante Hypathie ne trouva pas grâce devant un peuple furieux. De notre temps, les Turcs ont tué jusqu'au dernier

Vahabi. La vérité, ou ce qu'on croit la vérité, pourrait avoir d'autres arguments pour triompher. La persécution n éteint pas les croyances ; un principe n'est pas étoiifFé dans le sang , même lorsque, comme dans les faits que je viens de citer, on veut épuiser tout celui des hommes qui professent la doctrine suspecte ou condamnée : Tislamisme reproduira un jour la secte dont il se croit si bien débarrassé, comme Luther et Calvin ont reproduit plus tard

illes Vaudois et les Albigeois. Toute doctrine renferme en soi la raison de ses développements et de

' ses écarts , comme tout principe doit produire iné* vitablement toutes ses conséquences» Une opinion est dans le monde, pour ainsi dire, indépendamment des hommes qui la professent , et toujours ils ^en ignorent toutes les profondeurs : on peut donc ituer les hommes sans tuer les opinions , sans y porter atteinte. Pour pénétrer les opinions, pour arriver aux croyances , il faut d'autres moyens et d'autres forces que le fer et le feu. La persécution peut feire des lâches et des apostats ; elle ne peut rien sur l'intimité de la conscience; elle ne peut produire une conviction. Lorsque le christianisme parut, l'univers était dans la paix , mais dans la paix de la servitude. Il vint troubler cette paix qui était la paix des tombeaux ; il réveillait dans l'homme toutes les facultés nobles et généreuses de sa nature. Les pou-

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