DEUXIÈME PARTIE
rais besoin d'expliquer sa philosophie, et quelquefois même de la réfuter. Je ne suis point ëtonné, en effet, que Boulanjjer ait pu être regardé à Naples comme un plagiaire des idées fondamentales gui y sont contenues. Toutefois il y a cette différence infinie entre ï Antiquité xiévoilée et la Science nouvelle , que le premier de ces livres préiente le tableau dés destinées humaines sous l'aspect le plus triste et le plus douloureux , au lieu que l'autre est plein de cette pensée consolante qui rend compte de tout, celle d'une Providence toujour$ vigilante , toujours protectrice, s'expliquant par la loi inviolable du développement et du progrès.
J'ai déjà eu occasion de parler de Boulanger, qui, à mon avis , a été jugé trop rigoureusement sous le rapport religieux. Pour Vico, non seulement il est irréprochable, mais même il est resté dans les limites de la plus sévère orthodoxie ; ce qui n'a pas empêché cependant ^u'il n'ait été vivement attaqué en dernier lieu dans sa propre patrie. Il a voulu à-la-fois réfuter Hobbes et Grotius , contrebalancer l'ascendant de ces deux grands hommes sur son temps, et appliquer à l'étude de l'antiquité l'instrument que Bacon avait inventé pour remuer toutes les sciences. Cet instrument est devenu dans ses mains une sorte de sonde géologique qu'il a enfoncée puissamment dans les entrailles de This-
i5o PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
toire; sans doute, ellç amène quelquefois sur la surface du sol des matériaux hasardés ; mais elle peut servir à tirer de précieux débris de l'ancien monde civil .^ Je viens de donner à entendre que j'aurais souvent à contredire la philosophie de Vico. D abord je ne pars point comme lui d'un abrutissement général de la race humaine dans la dispersion qui a B suivi lé déluge; ensuite, par la même raison, je n admets point les efforts tout-à-fait spontanés et isolés les uns des autres, produisant par-tout les diverses civilisations de la gentilité. Je crois que jamais et nulle part le genre humain n'a été, d'une manière si absolue , privé de toute connaissance ou de tout sentiment des traditions primitives. Au reste, dans mes Preuves, je m'expliquerai plus en détail sur* cet obj^t important. J'aurai sans doute alors à faire comparaître à-la-fois, devant le génie de rhumanité , Vico , Herder, le comte de Maistre , et l'abbé de La Mennais.
On le sait déjà , pour moi le lieu de toute origine , soit qu'il s'agisse du genre humain, soit qu'il s'agisse d'un peuple , est toujours le dogme un et identique de la déchéance et de la réhabilitation.
Quoi qu'il en soit, il faut regretter amèrement que les jurisconsultes et les publicistes dont je parlais tout-à-l'heure aient été ou négligés ou ignorés dan$ le siècle dernier; ils auraient feit une heu-