DEUXIÈME PARTIE. i
tendre ici que d'une liberté personnelle , une faculté limitée, il est vrai, mais enfin une faculté quelconque de disposer de soi ; ou plutôt , pour aller de suite au fond des choses, cest le sentie ment de son individualité, la conscience: toute prétention à la liberté civile et politique ne pouvait se manifester qu'après rétablissement certain du mariage légal , si bien exprimé par le mot putU-* citiam. L'acquisition de la dignité achève de compléter l'homme.
Voici ensiKâte comment le même Florus explique le cens fondé par Servius TuUius : jàctus à Seruio census quid effecit, nisi ut ipsa se nosset Respublica?
Toute l'histoire civile de Rome est en quelque sorte contenue dans ces deux passages.
Il est à remarquer que l'expression employée par Florus, pour caractériser le cens établi par Servius TuUius , est la même que celle dont se servit l'Oracle de Delphes dans cette maxime célèbre : Nosce te ipsum.
L'antique énigme du Sphinx est sous ce rapport le mythe primitif des races royales.
La <x)nûaissance de soi-même est une condition imposée à l'homme individuel, à l'homme marqué pour représenter un état de la société, enfin à la société qui a aussi sa vie propre, qui a enfin ses destinées à accomplir.
i56 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
Nous avons vu plus haut la limite de cette connaissance de soi-même.
Je ne chercherai point à concilier les écrivains entre eux, lorsqu'ils ne sont pas d'accord; cela est peu important pour l'objet que je me propose. D'ailleurs, on le sait, les histoires ont toutes été écrites dans un temps où il a été facile de se méprendre, dans un temps où un cours de choses tout-à-fait différent détournait la pensée de ce qui fut dans l'origine , dans un temps enfin où les mots qui désignent les choses avaient., graduellement, par des modifications successives . et insensibles, changé d'acception. Et sur-tout les historiens, toujours soigneux de leur gloire littéraire, fort occupés de faire briller leurs talents oratoires, ont beaucoup songé à se faire admirer de leurs contemporains.
Les harangues dont ceux d'un âge littéraire ancien ont orné l'histoire se sentent plus ou moins des habitudes du Forum; elles sont faites pour donner plus de mouvement à la composition , et elles sont un moyen de faire connaître les motife qui ont dû diriger les hommes ; mais il faut les étudier avec sévérité pour y distinguer ce qui caractérise réellement les temps et les circonstances où elles sont censées avoir été prononcées d'avec les imaginations ou les présomptions , ou même les préoccupations de l'habile écrivain.