‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 3)Chapitre 16 sur 60 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Les hommes partagés en deux classes, d'après la manière dont ils conçoivent que s'opère en eux le phénomène de la pensée.

Qu'il me soit permis de réclamer ici un peu plus d'attention; je me propose de pénétrer, pour me servir d'une expression énerjjique de Bacon , dans l'intimité même des choses. S'il est vrai , comme je le crois, que la divergence des opinions diverses qui se disputent aujourd'hui l'empire de la société commence immédiatement à l'origine de la pensée, nous allons être obligés de creuser jusque-là pour expliquer cette divergence; car, je ne puis assez le répéter , la lutte des intérêts contraires , quelque active qu'on puisse la supposer, ne suffirait pas toute seule pour amener les résultats dont nous sommes témoins. On a beaucoup trop calomnié jusqu'à présent la nature humaine : les intérêts doivent être considérés comme effets ou comme signes, et non point comme causes. Ne serait-il pas possible, en effet, d'admettre qu'il s'est opéré chez un

SUR LES INSTITUTIONS SOCIALES. i6i

très grand nombre d'hommes un changement dans la production même de la pensée , que ce changement a été lent et graduel, et quil vient de se manifester tout-à-coup? L'âge de l'établissement du christianisme fut pour le genre humain l'âpre de , l'émancipation morale, qui avait succédé à celui de l'empire absolu de l'imagination. L'âge actuel serait, dans le système que je me propose de développer, l'âge d'une seconde émancipation, celle de la pensée par l'affranchissement des liens de la parole. Comme le genre humain ne doit rien perdre de ce qu'il a successivement acquis, il faut tâcher de retenir ce que nous pourrons des deux âges qui ont précédé j et sur-tout il faut admettre que l'âge actuel ne pourrait pas exister, tel qu'il est, ou tel qu'il sera par la suite , s'il n'eût pas été préparé par tous les développements des deux autres âges.

Maintenant je puis me décider à vaincre certaines répugnances de ceux qui sont placés à la tète du mouvement de la société, soit pour attaquer les opinions nouvelles, soit pour les défendre. La question de l'origine du pouvoir est évidemment la même que celle de l'origine de la parole. Ainsi nous ne pouvons pas éviter d'en venir à examiner ce grand problème de l'intelligence humaine , ou plutôt la nature de l'instrument qui nous a été donné pour la production et la manifestation des actes de

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