‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 100 sur 172 · DEUXIÈME PARTIE. 2o · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 2o

A toutes les époques il y a des hommes qui par leur haute moralité sont plus ou moins soustraits au joug de cette solidarité; tout le temps des épreuves est abrégé pour eux , ou bien ils en prennent volontairement le fardeau pour l'épargner aux autres, ce qui est la même chose. Ceux-là sont des hommes providentiels que la bonté divine suscite pour hâter l'accomplissement de ses desseins. Ajoutons que l'individualité n'est point l'égoïsme, puisqu'il reste, ainsi que nous venons de le dire, la faculté du dévouement libre. Gomment des esprits élevés, des cœurs généreux, ont- ils pu croire que la société fût une institution mauvaise en soi? C'est qu'ils se sont transportés à un état qui fut celui de l'homme dans un temps dont la mémoire est conservée par la tradition universelle. Ainsi donc s'accomplira le retour promis par cette même tradi-

I tion; et nous reconquerrons une partie de notre individualité. La nécessité de la prière continuera pour les individus, elle diminuera comme devoir des êtres collectifs. De là le moins de nécessité du culte public, d'une religion de l'état. L'indépendance de la pensée relativement au signe conduit à l'indépendance du sentiment religieux relativement au culte cérémoniel. A cet anneau de la chaîne s'attache le principe de la tolérance. Je me

I suis expliqué ailleurs sur ce sujet. Comme nous

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ne sommes point affranchis par -là des liens claffection inspirés par la nature, ou fruits d'un choix volontaire, comme ceci note rien aux vertus puisées dans le dévouement; de même la société doit rester sous la protection de la Providence, et perpétuellement dans tous ses actes reconnaître le haut domaine de Dieu sur ses créatures, sur les réunions de ses créatures vivant sous des lois communes à tous.

Enfin, et il est temps de le dire, c'est l'entier développement de la loi évano^élique qui est l'unique loi morale du genre humain, loi parfaitement indépendante et désintéressée de toute forme politique, loi si différente en cela de la loi de Moïse qu'on voudrait nous imposer de nouveau.

La loi de la solidarité est donc destinée à se transformer en la loi de charité ; la sympathie générale est le lien qui unit l'une à l'autre.

Il faut rendre à la Yille des Expiations toute lénergie du culte public; il faut, si j ose m'exprimer ainsi , lui rendre le frein et l'appui de la solidarité , parceque cette ville est placée dans l'hypothèse sévère des institutions primitives, des cités fondées sur le droit d'asile. Ses citoyens sont destinés à recommencer leur éducation sociale ; c'est une colonie ancienne au milieu des peuples modernes.

Ceci nous ramène à notre point de départ.

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