‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 4 sur 172 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Les hommes, dont les méditations habituelles ont pour objet les hautes spéculations de la philosophie , la puissance merveilleuse de la reli^t^ion , bienfaisante selon les uns, terrible et funeste selon les autres , se divisent en sectes nombreuses ; mais toutes ces sectes peuvent naturellement être rangées en deux classes : les hommes du Destin et les hommes de la Providence.

Les hommes du Destin voient le mal répandu sur la terre ; ils voient les fléaux et les maladies ; ils voient les calamités générales, les misères et les infortunes de chaque individu ; ils voient enfin tout ce qu'il y a de lamentable dans la condition humaine; ils ne voient que cela. Alors ils se mettent à accuser Dieu, ou à le nier. L'homme, à les entendre, est sous le joug inexorable d'un destin de fer; il n'a point de liberté; il est emprisonné dans ses organes , dans les limites de ses facultés, limites

3o PALINGÉNÉSIE SOCIALE.

qu'il sent plus étroites à proportion ([iic ses fiacultés elles-mêmes sont plus étendues; Fesprii s use daus les obstacles de tout genre , se brise contre la force des choses; la v%e n'est qu'une longue douleur, un rêve pénible, une cruelle maladie. Nous n'existons que pour souffrir ou faire souffrir. La société, dans une si triste hypothèse , est une chose mauvaise et factice ; c'est une malheureuse invention de Fliomme. Cette philosophie du découragement et du désespoir revêt plusieurs formes, selon les temps, les lieux, l'âge des peuples; mais le fond est toujours le même.

Les hommes de la Providence voient aussi le mal , mais ils sont pleins de confiance, et ils croient fortement que si l'économie des desseins de Dieu pouvait être manifestée dans tout son majestueux développement, elle satisferait à toutes les plaintes, elle répondrait à tous les doutes, elle apaiserait tous les troubles de la pensée. Néanmoins , selon eux , nous en savons assez pour comprendre la raison de ce qui nous est caché. Us croient , à-la-fois et de la même façon, à l'action continue de la Providence, et à la liberté de l'être intelligent. Dans leur conviction intime , l'institution sociale est une institution divine ; c est par elle que l'homme se perfectionne et s'élève. Ils ne séparent jamais les destinées dont nous jouissons dans cette vie de celles qui

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