DEUXIÈME PARTIE
puissante et tellement concentrique? S'il eût été placé dans un milieu où il eût moins dominé, où il eût été moins centre d'activité, il est vraisemblable que son sentiment moral se fût développé en raison du développement de son intelligence, ce qui eût été une des plus belles harmonies de ce monde. L'existence où il est entré depuis sa mort , et qui a si bien été préparée par sa chute éclatante, par son exil tout semblable au supplice long et douloureux infligé à un redoutable Titan, cette existence nouvelle est peut-être une épreuve destinée à mettre de niveau son intelligence et son sentiment moral, et cette épreuve commença sur le rocher de Sainte-Hélène. Que cela soit ainsi devant le Créateur de tous les êtres !
Soyons-en convaincus, nul homme n'emploie toutes les facultés qui sont en lui ; nul homme ne peut les employer toutes ; elles ne sont pas perdues pour cela, puisqu'elles sont. La seule limite du temps est un obstacle pour l'emploi de toutes les facultés d'un homme qui en a beaucoup. La limite de ses organes est un autre obstacle invincible. Les facultés non employées se développent solitairement; elles ne s'anéantissent point, elles survivent aussi bien que la pensée qui n'a pu être réalisée dans le temps. Le temps est étranger à la pensée; il n en est point une condition nécessaire. Nous arri-
verons dans la vie suivante , avec nos richesses et nos pauvretés ; nous serons ce que nous nous serons faits ; nous aurons choisi notre nouveau point de départ. Peu à peu les limites qui nous sont opposées, contre lesquelles nous sommes tenus de lutter , s éloigneront, et finiront par disparaître.
A la mort , toute la vie se résume en un instant indivisible, et dans cet instant tout ce qui a été successif devient instantané.
Si letat du genre humain antérieur aux temps historiques et aux temps dont nous pouvons approcher par des déductions historiques, si cet état se résume, ainsi que nous l'avons dit plus haut, par un dogme, qui est celui de la déchéance et de la réhabilitation , l'analogie nous dit qu'il en est de même pour l'individu. Toute réminiscence détaillée peut donc être abolie, et le moi subsister toujours. Ainsi la vie future ayant pour point de départ l'idée telle que l'auront faite nos actes et nos pensées de la vie actuelle, il est fort possible que la réminiscence détaillée soit abolie. On comprend que cette hypothèse n'exclut point la survivance des affections.
Raisonnons encore par analogie.
Changez la stature de l'homme; il faudrait changer' les lois par lesquelles l'homme gouverne la nature, par lesquelles il la modifie à son usage, pai