‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 97 sur 172 · DEUXIÈME PARTIE. uy · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. uy

Il y a, ainsi que je l'ai énoncé plus d'une lois, il y a , pour la société et pour l'individu , un mélange de fatalité et de liberté, dont il faut soigneusement tenir compte. La liberté, pour les individus comme pour les peuples, est circonscrite par des lois irréfragables ; car enfin la Providence doit vouloir la conservation de son ouvrage, et elle ne l'a fait que pour qu'il durât. Reste la liberté morale pour l'individu , et pour les peuples un instinct moral dont la manifestation a toujours lieu , malgré les pouvoirs oppresseurs , et malgré les circonstances étrangères à lui-même. Le devoir de tout gouvernement est de développer cet instinct moral , c'est-à-dire de diriger vers le bien , d'employer au perfectionnement le génie individuel de chaque peuple qui lui est confié par la Providence; s'il ne le fait pas, il manque à sa mission. Tout gouvernement doit être initiateur à l'égard du peuple qu'il gouverne.

Lorsque l'on médite sur l'origine et les progrès des connaissances humaines, on est invinciblement porté à chercher hors d'un peuple quelconque la cause de sa civilisation, et par conséquent l'origine de ses lumières sur toutes choses. C'est, au reste, le téuioignage de l'histoire. De là l'hypothèse d'un

peuple primitif, d'un peuple civilisateur, placé par Bailly, d'après Platon , dans le nord de l'Asie. D'autres ont établi le principe civilisateur dans un collège de prêtres, comme les gymnosophistes de l'Inde, les hiérophantes de l'Egypte, les semnothéens de la Celtique. Toujours au moins a-t-il fallu un législateur avec une mission d'en haut pour dominer et son siècle et les peuples auxquels il s'adressait. Il paraît même que ce qu'on nous donne pour des premières institutions, des législations primitives, ne sont en effet que des réformations. En suivant donc la filiation jusqu'au bout, nous serons bien forcés de placer le principe civilisateur hors du genre humain lui-même, c'est-à-dire dans le Créateur, qui a voulu que l'homme fût un être social , qu'il fût condamné à tout apprendre. Dieu régna d'abord lui-même, ensuite par des législateurs avoués de lui. Remarquons qu'en effet les législateurs, tous sans exception, ont eu des missions divines; et ici c'est encore le seul témoignage de l'histoire que j'invoque. Je sais que le dix- huitième siècle n'a pas voulu croire à ces missions divines. Il faut bien les admettre cependant, car, ainsi que je l'ai dit au sujet des oracles, l'imposture ne peut être douée de ce qu'il faut pour fonder. Celui qui se fait l'expression d'un ordre de choses doit avoir en lui la conviction de la pensée hu-

Page 1