TOME I
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sons , une fois pour toutes , que la révolution française n'est plus , pour nous , que de l'histoire ancienne. A force d'accuser, n'allons pas commander de fatales justifications.
C'est le Testament de Louis XVI , qui a frayé le retour de la légitimité exilée ; ce sont la Déclaration de Saint- Ouen et la Charte qui ont consacré l'alliance d'une ancienne dynastie, devenue une dynastie nouvelle, avec une nation antique devenue aussi une nation nouvelle.
Les civilisations européennes sont toutes filles de traditions dont elles ne peuvent ni ne doivent s'affranchir, et il ne saurait être ici question des civilisations américaines qui sont nées d'hier et sans traditions. Il est bon de faire cette remarque dès à présent , pour éviter toute observation tirée d'un ordre de choses qui est sans analogie avec le nôtre. Cette part faite à une objection qui ne mérite aucun égard , je continue de in exprimer d'une manière générale , comme si l'exemple des Amériques n'existait pas; car cet exemple est incompatible avec toutes les théories où nous pouvons être placés , nous que l'Orient gouverne toujours.
Dans toute institution , il y a une origine mystique ; et j'emploie ici cette expression dans un sens en quelque sorte légal. Le véritable titre de Louis XVIII a été le Testament de son frère, de l'auguste victime ; le titre de la nation est la Charte donnée par son roi : ces deux actes ne peuvent se séparer. Déchirer l'un des deux, c'est les déchirer l'un et l'autre. Alors on ne sait plus où s'est réfugié le droit ; la France passe sous la dictature du fait : hypothèse inadmissible, à moins d'une révolu-
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tion rétrograde : si Ion a souvent vu, dans le monde, le fiait érigé en droit, jamais on na vu le droit converti en tait. Le fait est un levier dont se sert quelquefois la Providence pour remuer la terre sociale jusqu'au tuf, et en faire surgir un droit nouveau, caché sous les ruines dim droit vieilli. Mais un droit qui voudrait se rajeunir en déguisant sa caducité sous la forme énergique du fait, serait, à l'instant même, dépouillé de toute sa puissance; car le fil des traditions, lorsqu'il est rompu, ne peut plus se renouer; et le vieux droit se trouverait obligé de lutter corps à corps contre un droit brillant de force et de jeunesse. Je ne serais point en peine d'établir cette doctrine , non par des subtilités , mais par la réalité des choses. Louis XVI, roipalingénésique, a reçu l'inspiration du moment solennel et redoutable où il écrivait ce Testament, qui est lui-même une charte; et les mots sacramentels dont il s'est servi ne sont pas seulement ces novissima verba, sacrés chez les anciens, ils sont sur-tout l'expression profondément douloureuse, mais profondément vraie, d'une situation, comme la Charte de Louis XVIII est le procès-verbal profondément exact d'une autre situation : ces deux situations , si différentes et si analogues , symboliquement exprimées, constituent la pensée intime , à-la-fois religieuse et sociale , qui est dans l'Homme sans nom , aussi bien que dans l'Élégie.
Deux sortes de notes font partie de l'Homme sans nom , et sont à la suite de cet ouvrage , détachées les unes des autres, comme dans la première édition.
J'aurais pu en introduire quelques unes de nouvelles , et, à cause de la différence des temps , les distinguer des anciennes ; mais j'ai voulu m'abstenir de toutes ces ad-
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ditions , dont la nécessité pouvait être plus ou moins contestée; elles seront bien facilement suppléées par ceux pour qui les événements ne sont pas un vain spectacle , ou une leçon inutile.
D'ailleurs, si, une fois, je m'étais mis à faire autre chose qu'une réimpression pure et simple, je ne sais plus où je me serais arrêté. Par exemple , il est évident que la note sur l'abolition de la peine de mort, à l'époque où elle fut écrite , n'est qu'un grain jeté à l'aventure dans le sillon. Elle n'est qu'une indication bien insuffisante, sans doute, de cette grande pensée devenue, depuis, tout-à-fait à l'ordre du jour. Au reste, une telle question, tenant à tout un ensemble d'institutions, ne peut point être traitée isolément. Ainsi donc il était parfaitement inutile de toucher à cette première note. On verra, dans la Palingénésie sociale, comment l'abolition de la peine de mort exprime un ordre de choses complet.
Une autre note , celle où il est dit que Louis XVI aurait dû s'investir lui-même des hautes fonctions de législateur, cette note aurait mérité quelques développements ; toutefois j'ai dû encore m'en abstenir : s'il est un petit nombre de personnes pour qui la révolution française soit un immense accident , une grande perturbation de toutes les lois qui régissent les sociétés humaines , et non une crise d'âge dans la nation et dans l'esprit humain, je ne crois pas avoir besoin de rien écrire pour ces personnes.
Enfin , et ceci eût été plus en harmonie avec le reste de l'ouvrage , j'aurais pu saisir cette occasion pour commenter, comme il me semble qu'il doit l'être , le Testa-
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ment de Louis XVI , acte vénérable et sacré dont, même à présent, on est loin, à mon avis, de comprendre toute l'importance. J'en ai dit quelques mots dans le cours de cette préface; je désire que ce peu de mots mette le lecteur sur la voie.