‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 188 sur 217 · APRES SA MORT · texte numérisé non relu

APRES SA MORT

( Une main étrangère a ajouté quelques notes à celles du Régicide : ces notes ajoutées sont renvoyées au bas des pages. )

Maintenant que des prêtres du Seigneur ont bien voulu m admettre au bienfait de la réconciliation ; maintenant que sans avoir perdu la mémoire de mon crime , il pèse moins sur ma conscience devenue plus calme, ne pourrais-je pas mettre en ordre quelques pensées? Pourquoi ne peindrais-je pas les tourments que j'ai éprouvés , et la tranquillité qui a succédé à tant dorages? Mes loisirs, jadis pleins d'amertume, et rendus sinon tout-à-fait paisibles, du moins supportables, ne pourraient-ils pas être employés dune manière utile? Mon exemple in-

4oo L'HOMME SANS NOM.

struirait à conserver son innocence ou à la recouvrer lorsqu'elle a été perdue. O mon Dieu ! je n'étais pas digne que vous fissiez le bien par moi ; mais peutêtre vouliez-vous que je fusse une leçon vivante pour ceux qui méritent d'être mieux aimés de vous , et que vous voulez préserver de tomber dans l'abyme où je me suis laissé entraîner. J'étais réservé à être éprouvé par la honte et le remords. Sans doute je n'étais pas capable de n'être éprouvé que par des malheurs non mérités. Il fallait que je parvinsse à accepter avec résignation le triste et funeste ministère du mal. Etait-ce, ô mon Dieu, pour me perfectionner? Les choses de la vie auraient-elles eu trop de prix à mes yeux si mon innocence eût été conservée, même pour être contre moi un sujet de persécution? La haine des méchants m'eût trop honoré; il était nécessaire que je m'attirasse toute la haine des bons; et cette haine encore n'eût point suffi pour plier ma nature rebelle, il fallait que le mépris y fût mêlé. Vous aviez vu en moi un être trop disposé à s'enorgueillir des belles facultés que vous m'aviez départies, et vous avez jugé à propos de les flétrir pour mon bien.

Iï.

Par où commencerai -je? Oserai -je plaider la

Page 1