‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 44 sur 217 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

La famille de Priam n'était plus occupée que des malheurs de la race de Labdacus. Le puissant monarque de l'Asie aimait à s'entretenir seul avec le vieillard thébain. Il l'interrogeait sur les choses obscures qu'il n'avait point comprises , ou sur les détails qu'il n'avait point demandés pendant le récit, dans la crainte de l'interrompre. Il s'informait aussi de l'état actuel de la Grèce, des rois qui la gouvernaient , des guerriers qui avaient quelque renommée. Hélas ! il ignorait que le jour n'était pas loin où ces mêmes Grecs porteraient sur ces rivages une lamentable guerre. Daphné , retirée dans l'appartement des femmes , était entourée d'Hécube et de ses nobles filles , qui faisaient aussi mille questions diverses à la prêtresse d'Apollon. Gassandre sur-tout ne quittait point les côtés de la fille de Tirésias. Cette malheureuse Cassandre, prêtresse d'Apollon, comme Daphné, et, comme elle, honorée de linspiration du Dieu de Délos, était déjà obsédée de la présence confuse de l'avenir ; et elle ne trouvait de calme qu'en se faisant redire la beauté , la

vertu, les malheurs d'Antigone. Hélène, la plus belle des femmes d'Ilion, comme elle avait été la plus belle des vierges de F OEbalie , Hélène seule se tenait à l'écart, et pleurait amèrement sa faute; mais elle oubliait toujours et ses regrets et ses douleurs, lorsqu'elle voyait paraître celui que trois Déesses n'avaient pas dédaigné de prendre, sur l'Ida, pour juge de leur beauté. Le soir, la famille tout entière se réunissait dans la salle du banquet de l'hospitalité ; et Tirésias continuait son récit. Lé divin vieillard raconta en ces mots les voyages d'Antigone :

« La pieuse fille d'OEdipe descend des sommets du Gythéron , traverse toute la Béotie , le long des bords de la mer, après avoir côtoyé les rives charmantes de l'Asopus. Elle évitait les routes fréquentées ; mais elle ne marchait pas sans quelque frayeur, car elle n'avait point le courage et les mœurs d'une Amazone. A l'entrée de la nuit, et à l'heure des repas, la vierge se présentait avec crainte dans les cabanes qui se trouvaient sur son chemin ; et elle allait s'asseoir dans le foyer, sous la protection des Dieux domestiques. Le voile qui couvrait son visage, le rameau des suppliants qu'elle tenait à la main , excitaient une attention merveilleuse.

«C'est ainsi qu'elle arriva , inconnue, dans l'At-

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