LIVRE
« rougirais-je? disait Ethra; n'est-il pas arrivé trop « souvent aux filles des rois de filer la laine pour les «vêtements de l'étranger, de préparer la couche « d'une maîtresse hautaine , et de partager la nour- « riture des esclaves? Qui ne connaît l'inconstance « de la fortune? » Antigone écoutait avec complaisance les longs récits de la mère de Thésée.
«Cependant Etéocle, après avoir régné durant une année , n'avait point voulu céder la couronne à son frère Polynice. Celui-ci s'était exilé volontairement , et s'était réfugié chez Adraste , dont il avait épousé la fille. Le malheureux héritage d'OEclipe allait être disputé le fer à la main. Polynice, irrité de l'injustice de son frère, s'efforce de soulever toute la Grèce contre lui. Argos arme ses soldats et ses alliés contre la ville infortunée de Cadmus. Tous les rois s'agitent pour cette guerre impie. Les uns déplorent les malheurs de l'exilé, et les autres s'attachent à la fortune d'Étéocle.
« Ce fut à-peu-près en ce temps que Polynice vint demander des secours à Thésée; mais le roi d'Athènes , effrayé par de sinistres présages, craignit de se mêler dans cette odieuse querelle : alors Polynice voulut du moins engager sa sœur à le suivre. « L'équitable Jupiter, disait-il , donnera sans doute « la victoire à celui des deux frères qui près de lui « gardera la pieuse Antigone. La justice d'ailleurs
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» est de mon côté, puisque je viens réclamer un « droit qui m'appartient. »
«Polynice, disait Antigone, toi que j'aimais si « tendrement , oh ! par les malheurs de notre fa- « mille, je t'en conjure, renonce à cette guerre détestable, et laisse aux Dieux le soin d'accomplir « toute justice! Peut-être qu'Etéocle, vaincu par ta « modération , se laissera fléchir ; et tu régneras à « ton tour. Un trône est-il donc une chose si desi- « rable qu'il faille l'acheter au prix de tant de cri- « mes? Mon frère, les hommes sont habiles à se « déguiser leurs propres sentiments , à donner des « motifs à leurs aveugles passions. Entre dans ton «cœur: c'est moins la justice que l'ambition qui « arme ton bras. » Telles étaient les. paroles d' Antigone. Mais l'impatient Polynice lui répondait : « Ainsi donc c'est à moi de tout supporter ! Quoi ! « le sang malheureux d'où je sors ne me donnera « pas du moins le triste avantage de partager la «plus sinistre couronne qui fut jamais! Il ne me « restera de ma naissance que la honte et la misère ! « Non, j'en jure par les Dieux vengeurs, je ne dé- « poserai point les armes. »
«Mon frère, reprenait Antigone avec douceur, « que t'importe l'opinion des hommes , si tu fais ton « devoir? et pourquoi prendre à témoin les Dieux « immortels ? » Polynice , n'ayant pu persuader sa