‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 53 sur 217 · LIVRE III. i3g · texte numérisé non relu

LIVRE III. i3g

« avait les épaules couvertes d'une peau de sanglier* « Il crut alors reconnaître les gendres qui lui furent « annoncés par les oracles. C'étaient Tyclée et Po- « lynice, tous les deux exilés et fugitifs. Tydée, qui « avait la dépouille du sanglier deCalydon, s était «éloigné des rives fleuries de l'Achéloûs, à cause « du meurtre de son frère, dont il s'était rendu cou- «< pable. Polynice, héritier de la dépouille du lion « de Némée, avait quitté sa patrie pour laisser son « frère jouir pendant une année du trône de Laïus. » C'est ainsi que Ton fit connaître à Antigone les détails domestiques de la cour d'Argos.

« Cependant à peine la fille d'OEdipe s était-elle éloignée d'Adraste , que le roi convoqua le conseil des guerriers pour choisir un ambassadeur. On jette les sorts dans un casque d airain, on les agite, et la première marque qui s'échappe du casque est celle de l'impétueux Tydée, fils d'OEnéus. Adraste, à cette vue, sent une vive douleur au fond de son ame , car il connaît le caractère bouillant du héros ; mais il ne peut s'opposer au sort , et d'ailleurs Tydée est son gendre.

« Adraste réunissait chaque jour au banquet de 1 hospitalité , et sa famille, et ses nombreux compagnons, qu'il regardait aussi comme sa famille. Il n'y manquait, en ce moment, que Tydée et Amphiaraiis. Tydée s'était rendu à Thêbes. Amphiaraus,

i4o ANTIGOlNn:.

prêtre d'Apollon , et instruit des secrets de l'avenir, s'était retiré dans une solitude ignorée, pour éviter de prendre part à cette guerre impie. Mais il n'échappera point à sa destinée ; son épouse , la malheureuse Eriphile, ne tardera pas de dévoiler l'asile où s'est caché le prêtre d'Apollon.

« Un jour elle était assise à la table hospitalière, à côté de Polynice : elle considérait avec un œil d'envie le superbe collier qui ornait le cou d'Argie, belle entre toutes les femmes. Cette parure fatale appartint à Hermione, et passa de la famille de Gadmus dans celle d'OEdipe. Polynice , qui l'avait reçue de sa mère infortunée, la donna à la fille d'Adraste, lorsqu'elle lui fut accordée en mariage. Eriphile ne cessait d'avoir les yeux fixés sur cet objet de tous ses désirs, tant il paraissait ajouter d'éclat à la beauté d'Argie. Ainsi elle s'abreuvait en silence du cruel poison de la vanité. Polynice s'en aperçut; et, se penchant du côté d'Ériphile : « Vous avez bien rai- « son , lui dit-il à voix basse , d'admirer le collier «d Hermione, présent magnifique d'une divinité. « Jadis Vénus le détacha de son cou d'ivoire pour en « parer l'épouse de Gadmus. Chef-d'œuvre dont «rien n'égala jamais la perfection, mille doux « charmes sont restés cachés dans ce tissu mer- « veilleux ; car ce n'est pas en vain qu'il a été porté « par la reine des Amours. Eriphile, nulle femme,

Page 1