LIVRE TROISIÈME
« avez éclairé les siens ! D'autres astres versent
« une autre lumière pour éclairer maintenant
ce ses pas, pour éclairer bientôt les miens ! Âs-
« très inconnus, je vous salue d'avance ! Hôtes
u passagers, qu'étions-nous avant d'être ici-
« bas ? que serons - nous après ? Pensée de
« rhomme, qu'étais-tu avant d'être la pensée
u de l'homme? n'étais-tu pas déjà une pensée
u éternelle ? La mort est- elle autre chose
u qu'une initiation douloureuse ? et la vie elle-
u même n'est-el le pas une initiation ? Eurydice !
a Eurydice! tu es toujours la fille de la vision,
u mais de la vision éternelle! Tu es Pinspîra-*
u tioû de la justice ! Pompe nuptiale \ em^
u blême cher et cruel d'une union éphémère,
« qui devait précéder l'union sans fin, voilà
u donc ce que tu voulais me révéler! Oh ! que
u je me* presse d'aller où elle est allée! Dieux!
» daignez me dire comment je puis me hâter
u pour accomplir plus tôt ce que vous exigez
u de moi, et, libre, arriver enfin à elle, arriver à
c l'union sans trouble et sans fin! Quand un
< autre pourra-t*il chanter pour moi : Barriè->
c res éternelles, ouvrez-vous devant celui qui
c ne peut cesser d'être , devant celui qui est
attendu ! Aigle un instant captif, tes chaînes
a sont tombées, dtends tes puissantes ailes, et u envole*toi dans les plaines du ciel, va te désa altérer dans la coupe du souverain des u dieux ! Et toi qui fus la vision du temps, u quand seras-tu pour moi la vision éter- » nelle? »
u Telles étaient les paroles sans suite contenues dans les chants inspirés du poète; elles se mariaient lentement aux sons entrecoupes de sa lyre fatidique, et plongeaient son aue dans d^inexprimables et douloureuses extases. L'enfantement de l'ame immortelle ne se lait pas sans de cruelles angoisses. Pour la pre* roière fois Orphée comprit ce qu'était son épouse mystérieuse ; pour la première ibis aussi les Pélasges eurent , quoique d'une manière confuse, le sentiment de la vie à venir. Le deuil de l'orphelin désolé était destiné par les dieux à adoucir l'amertume de tous les autres deuils. A mesure que l'homme s'élève dans la sphère de l'intelligence, il augmente en lui les facultés de la douleur; mais il lui est donné de rallumer au flambeau d'une existence sans fin le flambeau d'une existence passagère tout près de lui échapper. Dès qu'il s'élève à l'appféciation du temps, dès que son esprit con*