DOUCEURS ET AVANTAGES DEL UNION ENTRE LES PRETRES
Ecce çuam boimm et quam jucundum hahitare fratres in unum.
Qu'il est utile, qu'il est consolant pour des frères d'habiter ensemble ! Pi. z32.
Nous les entendons avec une joie toujours nouvelle^ nous les répétons toujours avec une vive émotion, ces louchantes paroles (lu psalmiste, qui nous rappellent tout à la fois et la douceur des liens qui nous unissent et la bonté de la divine Providence qui daigne les former. A ce jour si cher à notre souvenir qui vit notre société naissante réunie sous les yeux de Dieu (i), solliciter son appui et appeler sa bénédiction sainte, quand^nous osâmes pour la première fois célébrer la paix de cette union sainte, incertains et timides encore,
(1) Il s'agit ici d'une société de prêtres vertueux, qui se réunissaient à certaines époques pour s'entretenir des choses de Dieu et des devoirs de leur ministère.
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nous n'elions soutenus que par de pieux (lésirs et de consolâmes espérances. Mais puisque novis avons appris par une heureuse expérience quelles douceurs on y f^oùU", et quels biens on peut y recueillir, t'est maintenant qu'il convient d'exaher avec transport la miséricorde du Seigneur, et de chanter le cantique de la charité fraternelle : £cce quant honum et a iiam j ucundian hahitare fratres inunum. Et comment, en effet, au milieu des assauts que l'ennemi du salut livre sans relâche aux ministres des saints autels, comment ne pas se féliciter de trouver au milieu de ses frères un rempart assuré pour s'en défendie,j comment un prêtre, dans ces jours de tribulation et de douleur, ne bénirait-il pas la bonté divine qui lui ménage, dans les charmes d'une sainte amiiié, l'oul)li ou l'adoucissement de ses amertumes (i)? Aussi, je ne saurais abandonner des paroles qui vous sont si chères, et elles me fourniront tout le plan de cet entretien.
De grands dangers menacent le salut du prêtre j notre société lui fournit de puis-
(1) Cette première conférence fut prononcée i)eu de temps après la première révolution.
sants secours pour s'en défendre, ecce cjuam honum.
De grandes peines accorapagueut la vie du prélre; noire sociélé lui présente de solides consolalions pour les adoucir, quant j ucundum hahitare fratres in, unum.
Implorons, elc.
L'irréconciliable ennemi des hommes, qui médite sans cesse des desseins funestes à leur salut , s'attache surtout à semer les pièges sous les pas du Prêtre, parce qu'il sait bien que le Prêtre ne peut pas périr seul, mais qu'il doit entraîner dans sa chute de grandes et déplorables ruines 5 aussi, peu content d'armer contre lui toutes les passions et de lui faire partager, malgré la sainteté de son caractère, la guerre humiliante qu'il livre à tous les hommes , il essaie encore de faire tourner à sa perte et les fonctions sacrées du sacerdoce et les devoirs extérieurs qu'il lui impose et les précautions même qu'il prend pour se défendre des périls qui l'environnent. S'il se livre aux saintes obligations de son ministère , le démon assaio d'affaiblir sa ferveur parla familiarité et Phabitude; si la charité l'entraîne au milieu du monde, le démon tente de l'amollir par ses principes et ses exemples; s'il cherche un asile dans la retraite et la
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soliliide, le démon l'y poursiiu avec ses ennuis et ses dégoûts j ainsi, danger pour leprélre dans l'exercice des fondions saintes, danger dans la fréquentation du monde, dangerdans la solitude elle-même etdans l'isolement. Tels sont les ennemis qui menacent le salut du prêtre, mais contre lesquels notie société nous fournit une sûre défense. Qui pourrait le penser si de trop fréquens exemples n'en fo urnissoient la preuve déplorable, qui pourrait le penser que ce fût dans les moyens mêmes de sanctification dont il est le dépositaire que le prêtre put trouver sa perte! Qui pourrait croire qu'une langue ticstinée à célébrer les louanges du Seigneur put se lasser jamais de cet honorable et consolant emploi! Qu'une bouche consacrée pour parler aux hommes le langage de l'amour divin ou les épouvanter par le tableau des vengeances célestes, s'accoutumât jamais à ne laisser échapper qu'avec froideur et dégoût, ces terribles ou consolantes vérités ! Que des yeux à qui il est donné de contempler Jésus-Christ de si près , pussent ne le fixer qu'avec indifférence! Qu'un cœur enfin si souvent honoré de la présence du Dieu de charité pût demeurer insensible et glacé au milieu des feux qui l'environnent r Cependant nous sommes forcés delerecon-
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naître en gémissant, qu'au nnlieu de ces ministres vénérables que la France revoit encore après de longs et innombrables périls, parmi ces confesseurs intrépides dont la foi inébranlable et l'ardente charité ont bravé les exils et la mort, l'œil affligé rencontre quelquefois de ces prêtres lâches et sans ferveur qui ne sont plus dans réglise de Dieu qu'une herbe desséchée et qu'un sel affadi. S'ils prennent place parmi les anges de la terre pour chanter les louanges du Seigneur, leurs yeux égarés et leur contenance inquiète scandalisent la piété et révoltent les peuples. S'ils s'assoient au sacré tribunal , ils y sont sans zèle et sans onction, ils ne savent ni pleurer avec le pécheur que la grâce ramène à leurs pieds après de longs égaremens, ni partager l'allégresse du juste que les bienfaits de son Dieu enivrent de joie et de consolation. S'ils montent à l'autel, l'usage les conduit à la sainte montagne , riadifférence les glace au milieu des preuves les plus touchantes de la familiarité de leur Dieu, et ils sortent de ces divins entretiens fioids et languissants, tandis que, nouveaux Moïses, ils devraient en remporter un cœur brûlant d'amour et un visage rayonnant de joie et de reconnaissance. O déplorable condition î O effroyable danger
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(le la dignité sacerdotale ! Hclas! ils étaient autrefois vertueux et fervents, peut-être; et la longue habitude des bienfaits de leur Dieu a fiui par en affaiblir le prix à leurs yeux et ils ont trouvé le principe de leur insensibilité dans l'excès même de sa tendresse. Mais pour celui que notre société a reçu dans son sein et qui veut mettre à profit les grâces et les secours que la Providence a daigné nous ménager, de tels dangers ne sont point à craindre; en devenant membres de cette pieuse société, nous avons vu renaître pour nous ces jours si regrettés et qui semblaient s'être écoulés sans retour, ces jours de notre jeunesse, où protégés à l'ombre du sanctuaire et sous les ailes du Seigneur, nous nous préparions aux redoutables emplois de la milice sainte; nous avons retrouvé ces temps heureux où nous sentions embraser noire ferveur à la vue des jeunes Lévites qui, s'engageant avec nous dans la même carrière, nous animaient par leurs discours et nous enflammaient par leurs exemples. Ici nous avons retrouvé ces pieux entretiens, ces avis pleins de charité, cette émulation de fidélité et de zèle , tous ces biens enfin d'une amitié sainte auxquels notre âge semblait déjà ne devoir plus prétendre. Et quel cœur pourrait être insensible
au milieu d'un zèle si brûlant et d'une charité si vive ! Comment ne pas désirer d'édifier les peuples par sa gravité et sa modestie quand nos frères , pleins d'ardeur pour la j^loire de Dieu, nous rappellent avec tant d'onction le respect qu'exige son culte, et la pompe qui convient à nos solennités? Quand, pour nous faire partager leur joie, ils nous racouteutqu'ils ontarraché à l'imj)iéié des soutiens, aux passions des esclaves, comment ne pas désirer de pou voir aussi présenter à son Dieu des conquêtes! Maisquand ils ne parlent qu'avec un profond recueillement de nos redoutables mystères, quand ils ne nous entretiennent qu'avec transport de l'amour du Dieu qui s'y donne à nous, et qu'en tremblant des dispositions qu'exige un tel bienfait , comment ne pas s'écrier avec saint Augustin : Je dois aussi entrer dans la maison de Dieu pour y offrir mon holocauste ! Introïbo domum tuam in holocaustis. L'holocauste doit être brûlé tout entier ; ô mon Dieu , que mon cœur soit cet holocauste, que votre feu sacré le consume, qu'il ne me reste rien pour moi, que tout soit pour vous! Totimi meum consumât ignis tiius nihilniUii renianeatf solum sit tihi. Mais si le prêtre trouve tant de périls dans le temple du Seigneur, au pied de
ses autels el au milieu des redoutables emplois du sacerdoce , que u'a-i-il pas à craindre si les devoirs de son ministère , la bienséance ou la nécessité le forcent à quitter ses saintes occupations pour paraître au milieu du monde ! Sans doute , je ne parle pas ici des dangers auxquels s'expose un prêtre indévot et sans zèle, qui, content s'il a récité précipitamment les prières que lui prescrit l'église , et célébré sans préparation et sans ferveur les mystères sacrés , passe le reste du jour dans une scandaleuse inutilité , va traîner son oisiveté de cercle en cercle , et soulager son ennui en partafijeant les frivoles entretiens des enfants du siècle 5 l'oubli des devoirs les plus saints le punit bientôt de ses dégoûts pour les choses de Dieu , et il apprend à sou tour par une déplorable expérience, qu'il n'est point de crime dont l'oisiveté ne donne la leçon. Je veux encore moins parler de ces prêtres indignes de ce nom, quisembloientne s'être revêtus des livrées honorables du sacerdoce que pour les traîner sans pudeur dans l'opprobre et la boue des passions, hommes vendus à la fortune dont il leur fallait à tout piix obtenir les faveurs, esclaves des grands , dont ils encensoieut les vices ,
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apôtres de l'irréligion dont ils préconisoient effrontément les maximes, objets d'affliction pour la foi, de mépris pour la raison, de dégoût pour l'impiété elle-mémej ces prêtres enfin qu'il fallait appeler honnêtes et vertueux quand, respectant au-deliors les mœurs et la religion, ils se bornaient à le disputer aux mondains pour la légèreté , le luxe et la mollesse j le fer de la tribulation en a purgé l'église de Jésus-ChrlsLj ils ont fui au premier aspect de l'orage, et nous devons du moins cette reconnaissance au tourbillon qui a tout dispersé , d'avoir séparé le bon grain de cette paille légère , indigne de trouver place dans les greniers du père de famille.
Mais je parle des dangers que le monde présente au prêtre même le plus fidèle avix devoirs de son saint état, le plus éloigné de l'esprit du siècle, le plus pénétré d'horreur pour sa dépravation et ses damnables maximes, mais que son zèle même et ses obligations entraînent quelquefois au milieu de ce nionde corrupteur; car, vous le savez, vous surtout que le choix de la Providence a établis les chefs et les maîtres du troupeau, et qui apprîtes de l'apôtre à vous faire tout à tous pour gagner les âmes à Jésus-Christ, vous savez à quels saints artifices la charité
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vousfaildescendrc quelquefois, soitpourfortifier les faibles, soit pour ramener les brebis qui s'égarent. On consent à paraître quelquefois au milieu des mondains pour qu'ils n'accusent point le prêtre d'èire solitaire et farouche ; on prend quelquefois de leur extérieur même de peur de révolter leur décalitesse; on s'afflige avec eux de leurs pertes temporelles pour les conduire à désirer des biens qui ne puissent être ravis; on partage leurs joies innocentes pour se ménager le droit de leur interdire les plaisirs dangereux ; on s'asseoit à leur table de peur de taxer par ses refus Jésus-Christ Ivii-même de trop d'indulgence. Mais qui donnera au prêtre la prudence et la sagesse dont il a besoin pour ne pas affaiblir l'esprit de grâce ni avilir l'honneur du sacerdoce par d'indignes ménagements ? Qui Ivii apprendra que le prêtre doit régler sa condescendance, non sur ses penchants secrets, mais sur l'esprit de r£vangile ? Qu'il doit être indulgent, maissansfaiWessejdécentdansson extérieur, mais sans orgueil ni vanité; également éloi- ; gné et d'une tristesse qui rebute et d'une I dissipation quiscûndalisef Comment se metira-l-il en garde contre les impressions lentes, mais sûres, du commerce du monde?
comment saura-i-il se garantir de la coniagion de ses préjugés, de la séduction de ses maximes, de la force de ses exemples?
Notre société lui fournira des armes contre tant d'ennemis j elle lui apprendra que la vie du prêtre doit être tout à la fois le livre el le miroir du simple fidèle , puisqu'il <loit y connaître ses obligations et y rougir de ses infidélités ; que le prêtre ne doit paroître dans le monde que pour préparer au Seigneur un peuple parfait, éclairer ceux qui sont dans les ténèbres, et leur enseigner la science du salut ; cl qu'enfin le commerce du prêtre avec les mondains doit être pour eux comme un sel mystérieux qui ne leur laisse plus de goût que pour les choses éternelles. Quisquis sacerdoti Jungitur quasi salis tactu œternœ vitœ sapere conf/ï'aïar.Bien plus, lesouvenir seul de cette société et des douceurs que nous goûtons dans son sein , suffira pour lui inspirer un généreux mépris du monde. Dans le monde il trouve dissimulation et fausseté; dans cette société, candeur et franchise; dans le monde, joies apprêtées oiv plaisirs dangereux, et dans cette société, délassements utiles, ou gaîté décente et paisible ; dans le monde enfin, politesses fausses
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et démonslrations hypocriies, et dans cette société, charité fraternelle et cordiale amitié. Non, jamais un prêtre devenu membre de cette pieuse société, et rempli de l'esprit dont elle est animée, ne se laissera surprendre aux prestiges et aux illusions du monde. Fùt-il exposé malgré lui à tovit l'enchaniement et à toute la séduction du siècle, il se souviendra des vertus de ses frères , de leur gravité décente, de leur zèle pour la gloire de Dieu et l'édification du prochain : il se rappellera à quel prix il trouva place parmi de vénérables amis, et quels engagements il prit entre leurs mains, et il ne voudra pas tromper leur espérance, ni faire affront à leur honorable affection j et si jamais, au mépris de si touchants souvenirs, il pouvait se laisser entraîner par le torrent des coutumes du siècle, noire société le poursuivrait encore et le forcerait à rougir de son aveuglement, en l'épouvantant par ces paroles d'une église célèbre : 0 prêtre ! o prêtre ! O sacerdos! osacerdos! Avez -vous oublié que vos pieds vous ont conduit naguères devant le Dieu souverain , pour lui offrir des prières et des sacrifices, que vos mains lui ont présenté le sangde la victime sainte, que votre bouche a été consacrée par la présence de
YOtre Dieu. 0 pieds vénérables, ô mains sacrées , ô lèvres leinics du sang de Jésus- Christ! quel est cet avilissement? Ah!
gardez-vous de contrister l'esprit de grâce et de déshonorer votre dignité parune scandaleuse légèreté ou de criminelles condescendances. O labia , o nianus, o pedes , (juid nunc de vobis tam indignum video , et (juamparum agnoscis statum tuum et dignité te m !
Oui, la sociélé présentera toujours au Prêtre qui veut être tidèle une défense assurée contre tant de périls j c'est dans son sein qu'il trouvera des forces pour combattre les ennemis que rassemble autour de lui la redoutable nécessité de paraître souvent au milieu du monde ^ car il n'en est point du prêtre engagé dans les fonctions du ministère sacré, comme du simple fidèle : celui-ci, pour sauver son âme, doit sacrifier sans ménagement toute humaine cousidé^ ration. Cl chercher, s'il le faut, dans une fuite absolue du monde sa sauvegarde et son abri 5 celui-là, s'il veut opérer son salut, doit rester au milieu de ce monde, y soutenir les combats du Seigneur , et ne peut déserter cette sainte milice sans s'aceuser lui-mérae d'une indigne et criminelle
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iàchelé. Si Dieu dit au fidèle : Sortez du milieu de Babylone ei ne participez point à ses injustices j il dit au Piètre : Allez annoncer à mon peuple la grandeur de son crime, et à la maison de Jacob l'excès de son iniquité. S'il veut que le premier fuie les tentes des pécheurs, il veut que le second aille épouvanter de ses menaces le palais même des rois; enfin s'il ordonne à Lot de sortir sans délai de l'infâme Sodorae, il commande à Jonas d'aller prè(;her la pénitence au milieu de la criaiinclle Ninive. A Dieu ne plaise cependant qu'oubliant les conseils et les exemples de tous les saints prêtres, je prétende contester à la retraite ses avantages ou même sa nécessiiéj je sais que le prêtre surtout a besoin quelquefois de se soustraire à la dissipation inséparable de ses emplois, de réfléchir sur la sainteté de sa vocation, sur la grandeur de son ministèrej et, à l'exemple des apôtres, de se retirer à l'écart avec son divin Maître pour y recevoir à loisir ses divines leçons, et prendre à ses pieds un utile repos et des forces nouvelles j mais que si une telle retraite ménagée à propos dans le couis des fonctions sacerdotales attire des biens sans nombre pour le ministre des saints autels, il est une autre
sorte de retiaile , il est un éiat habituel de solitude et d'isolement auquel le prêtre a dû se préparer, quand , pour s'attacher à Jésus-Christ, il a renoncé à toutes les affections terrestres, mais qui, quelquefois, n'en éprouve pas moins la nature par de pénibles dégoûts et de cruelles amertumes. Oh ! que je plains un prêtre lorsque, l'esprit épuisé par une attention longue et soutenue, le cœur déchiré par des peines cuisantes, ou tourmenté par de cruelles anxiétés, le corps même affoibli par de longues veilles et de conlinîiels travaux, il rentre dans sa •^demeure pour s'y voir solitaire et délaissé, sans y trouver un ami dont la compassion adoucisse ses peines , ou dont les conseils dissipent ses incertitudes. Si, pour tromper ses ennuis, il veut s'appliquer aux études accoutumées,' il ne peut fixer son esprit distrait et inattentif j s'il cherche dans des livres pieux une mile distraction à ses peines, les lectures les plus touchantes n'ont povir lui ni goût ni saveur j s'il cherche un refuge auprès de sou Dieu, hélas! il se trouve peut-être à ses pieds sans onction et sans ferveur. Ouvrez-lui vos demeures, donnez sans délai un libre accès à ce prêtre affligé, vous, fidèles amis que la bonté di-
vine lui ménagea dans celle société pour le jour des ennuis et de la tristesse. Oubliez à son aspect et vos éludes sérieuses, et -vos soins imporlanls, et vos iméièis les plus cbersj qu'un seul intérêt vous louche, celui d'être fidèle à vos serments et aux saintes lois de l'amilié qui vous nuit à tous vos frères. Accueillez avec un visage riaui, mais surtout avec un cœur plein d'alïection, cet excellent ami que le Seigneur éprouve peutêtre par de grandes tribulations. Ne lui demandez pas quel sujet l'amène auprès de vous, il voudra vous taire peut-être le récit de ses peines secrètes et le besoin que son coeur éprouve de converser avec un amij mais, soit qu'il vous confie ses amertumes, soit que la discrétion vous fasse respecter son silence, souffrez qu'il use en liberté du privilège que la société lui donne de venir à toute heure, sans craindre d'êli e iniportun, chercher auprès de vous des avis ou des consolations.
Mais comment envisager sans frémir une autre solitude plus effrayante encore qui menace inévitablement le prêtre, et dont la pensée seule glace le cœur d'épouvante, je veux parler de la solitude qui l'attend sur le déclin des ans, et l'abandon général que lui réset ve inévilablcment la vieillesse. Non, je
ne craindrais pas de l'assurer, de tous les dangers qui menacent le salut du prêtre, il n'en est point de plus redoutable peut-être que ce délaissement au terme de sa carrière. Tivre seul et oublié, sans consolation dans ses peines, sans appui dans son infirmité, sans soulagement peut-être dans sa détresse, habiter avec la génération présente comme avec un peuple nouveau, dont on ne veut point adopter les goûts et dont on n'entend plus le langage j n'y rencontrer enfin que des esprits légers, qu'importune la gravité d'un vieillard, ou des cœurs durs dont ses besoins ne peuvent émouvoir la pitié, quel sort déplorable pour un prêtre , mais surtout quelle épreuve pour sa patience et sa résignation ! Hélas ! nous en voyons encore survivre à nos calamités, de ces prêtres affoiblis par les années et surtout par de longs travaux. Ils ont aussi porté autrefois le poids du jour et de la chaleur ; ils ont aussi ramené des brebis égarées; ils ont fait retentir les chaires chrétiennes des saintes vérités du salut ; cependant, où est maintenant le souvenir de leurs travaux, où sont ces âmes ramenées par leurs soins , et jadis si pleines de reconnaissance; où sont ces amis qui partageaient leur ardeur et soute-
noient leur zèle? La moit a enseveli dans le tombeau ces consola lions et ces appuis qu'ils se promenaient pour leurs vieux ans; ils restent maintenant sur la terre, solitaires et méconnus; et Page leur a tout ravi, hors le désir de travailler encoïc à la gloire de Dieu et à rédificalion de leurs frères. Sans doute, ils trouvent dans des prêtres jeunes et fervents le respect pour leurs cheveux blancs, les ménagements pou rieur foiblesse, la déférence pour leurs conseils,et sans doute aussi dans leurs besoins, de généreux secours. Hélas! ils n'y trouvent point un sentiment dont leur cteur sent vivement le besoin, mais auquel ils ne peuvent plus prétendre, le doux sentiment de l'amitié, si nécessaire au prêtre dans la vieillesse pour soutenir avec résignation les dégoûts de la solitude.
Mais dans la société nous ne pouvons plus éprouver de semblables alarmes, et la vieillesse n'a plus rien de redoutable pour nous. La Providence, il est vrai, pourra nous enlever dans sa rigueur quelqu'un de ces bons et solides amis qu'elle uous avait accordés dans sa miséricorde; mais si nos frères sont mortels, noire société ne mourra point. A la place des anciens amis que Dieu
aura rappelés dans sou sein renaîlront des amis nouveaux, fidèles aux mêmes lois, animés du même esprit, brùlanls de la même cliaiilé. Dans notre vieillesse nous leur serons plus ohers parce que nous leur serons plus utiles j ils se presseront autour de nous pour entendre nos conseils et profiter de notre expérience. Nous leur laconlerons l'origine de la société, les vertus de ses fondateurs, leur amour pour Dieu, leur tendresse pour leurs frères j nous les animerons à marcher sur leurs traces; ils seront nos disciples et nos enfants, nous serons leurs apôtres et leurs pères. Nos cœurs glacés par l'âge retrouveront leur chaleur première au souvenir de la charité divine qui doit nous servir de modèle, et nos bras affoiblis serreront encore avec transport ceux qui nous auront juré à leur tour de ne faire, jusqu'au dernier soupir, qu'un cœur et qu'une âme avec nousj cîiaritas Chiisti urget nos : cor unum et anima una.
Ces secours paissants contre les dangers qui menacent le salut du Prêtre, nous les devons, ô mou Dieu, à votre ineffable miséricorde. C'est vous qui, rassemblant quelques pierres dispersées dans les ruines du sanctuaire, avez voulu former un édifice
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destine à nous défendre contre les ennemis acharnés à noire perle. Soutenez, ô mon Dieu, votre ouvrage} resserrez les liens sacrés qui nous unissent, et foiiifiez une amitié que vous nous inspiràies vous-mèmej répandez surtout la plcniuidc de votre esprit sur les pontifes que vous avez choisis du milieu de nous, et sur celui qui, dans un court passage, laissa ces lieux embaumés du parfum des vertus saceidolales , et sur celui que nous possédons encore, dont les vertus font oublier la jeunesse, et qui, malgré sa dignité, goûte tant de joie à se trouver encore parmi ses égaux j animez-nous tous d'un zèle brûlant pour voire gloire et jXJur la sanctification des amcsj faites qu'où nous reconnaisse pour leiî membres d'une société saiute à noire gravité dans l'exercice des fonctions sacerdotales, à notre recueilhmeniau pieddes autels, à notre ferveur daus la prière, à notre patience daus les épreuves, à notre courage dans les persécutions, afin qu*an dernier jour nous obtenions du prince des pasteurs la couronne immoitelle qu'il a promise aux dispensateurs fidèles.