CHAPITRE VI
de la contagion des villes, instruction défendue contre les distractions des visites, habitudes des objets champêtres, si précieuses à conserver, sont des avantages qu'on ne trouve qu'à la campagne, et qu'aucun autre particulier aux villes ne peut compenser.
Les anciens monastères, spacieux, isolés, sont très-propres à former des collèges : ils existent partout dans les campagnes, et la société, première propriétaire de tout ce qui lui est nécessaire, peut rembourser aux possesseurs actuels le prix de l'acquisition. L'administration arrêterait un plan de distribution intérieure et extérieure, le même pour tous les édifices, plan auquel chaque maison serait tenue de se conformer à mesure qu'elle serait rebâtie. L'uniformité des distributions suit naturellement de l'uniformité des exercices. De là vient que dans certains ordres religieux, comme les Capucins, les maisons étaient parfaitement semblables dans les divers pays. Rien n'est à négliger lorsqu'il est question d'établir l'unité, et c'est ce qui fait qu'un corps militaire, modèle le plus parfait de îa société, comme il en est le plus puissant agent, est soumis à une uniformité rigoureuse de vêtements, d'habitudes, de mouvements, et qu'on y règle des hommes faits mieux qu'on ne peut régler des enfants.
Les collèges doivent être répartis à peu près également dans les diverses provinces ou divisions de l'État, et peut-être la capitale est de tous les endroits celui où il faudrait le moins réunir les établissements de première éducation.
Lors de la fondation des anciens collèges, l'État, pauvre et affairé, laissait à la libéralité des particuliers cette partie importante de l'ordre public : des princes, des cardinaux, des évêques, des maisons puissantes, des particuliers riches, léguaient des collèges à l'État, et les fondaient presque toujours à Paris, lieu de leur séjour. Aujourd'hui que l'État veut tout faire, et tout faire seul, et qu'en s'appropriant tous les dons, il s'est chargé de toutes les intentions, il doit distribuer partout IL 21