LIVRE n
plus étendue de la loi générale, c'est-à-dire, celle où Dieu est le mieux adoré, et le jour de repos le plus sanctifié.
Ces caractères conviennent éminemment à la religion chrétienne, seule religion des peuples civilisés, puisqu'elle est le premier moyen de toute civilisation; et c'est uniquement à sa perfection, qui est vérité dans ses dogmes et sainteté dans son culte, qu'il faut attribuer la raison de sa force, c'est-à-dire, de la durée de ses croyances et des progrès de son culte [b].
La nature de cet ouvrage ne permet pas d'entrer dans le détail du dogme et du culte de la religion chrétienne. Nous avons montré quelle a, comme toute société constituée, un pouvoir envoyé par le souverain qui est Dieu, des ministres envoyés par le pouvoir, des fidèles ou sujets qui doivent être un avec les ministres et même avec le pouvoir. Ce ministère, appelé sacerdoce, ordonné pour la fin de la gloire de Dieu et de la sanctification des hommes, suivant une hiérarchie déterminée, de grades et de fonctions, sous un chef vicaire, vices gerens, du pouvoir, sert [ministrat) au pouvoir dont il accomplit l'action dans le sacrifice, sert aux hommes, en leur rendant propre et fructueuse l'action du pouvoir, et exerçant sur eux la double fonction déjuger l'erreur et de combattre le vice, soit dans l'homme par la censure secrète, soit dans la société par les censures publiques *.
Le culte de la religion chrétienne est une conséquence nécessaire et naturelle de ses dogmes, caractère d'une religion
' Tout ministère, religieux ou politique, s'appelle milice, demilito; on me lito , je me dévoue.
bien ordonnée; car la fin d'une religion véritable étant d'adorer Dieu autant que le mérite un être infiniment parfait, et de sanctifier l'homme autant qu'un être imparfait et borné en a besoin, un culte qui adore Dieu et qui sanctifie l'homme par le ministère, le moyen, la médiation d'un Homme-Dieu, est le seul qui honore Dieu et qui sanctifie l'homme d'une manière proportionnée à la grandeur infinie de Tun et aux besoins immenses de l'autre, puisqu'il réunit tous les hommes dans un homme pour l'adoration de Dieu, et qu'il fait servir Dieu lui-même à la sanctification de l'homme. Là est tout le christianisme (/•).
Toutes les croyances propres au christianisme, et toutes les pratiques de son culte, dérivant de la connaissance du médialeur, étaient implicitement contenues dans la religion patriarcale, où le médiateur était annoncé, et elles étaient figurées dans la religion judaïque, où le médiateur était attendu.