ORDRES MONASTIQUES
La religion chrétienne conduisait insensiblement à sa perfection l'édifice de la société civile, en hâtant par ses développements les progrès de la société politique.
La société religieuse arrachait à la société naturelle des hommes qui lui étaient inutiles, et elle en formait des corps dont les membres se dévouaient tout entiers au service de la société civile, en consacrant à son utilité leur esprit par le vœu d'obéissance, leur cœur par le vœu de pauvreté, leurs sens par le vœu de chasteté. C'étaient de petites sociétés, qui, pour l'utilité de la société générale, faisaient à Dieu le sacrifice de l'homme et celui de la propriété.
Je l'ai dit ailleurs; la société, pour parvenir à sa fin, qui est la conservation des êtres qui la composent, réprime la force de l'homme ou sa passion de dominer, et protège sa faiblesse.
Ainsi, elle instituait les Ordres militaires et religieux destinés à défendre le commerçant et le vojageur des violences des peuples barbares que leurs conquêtes avaient rapprochés de l'Europe. Elle instituait la chevalerie, destinée à protéger la faiblesse du sexe, et faisait servir ainsi la force de l'homme à la conservation de la société. Elle établissait des Ordres hospitaliers, pour protéger la faiblesse de l'âge avancé et celle de la santé; des Ordres prêcheurs, pour protéger la faiblesse de la condition, en répandant dans le peuple, par l'instruction publique, la connaissance des vérités religieuses et morales; des Ordres savants, pour conserver, au milieu du dénuement absolu des connaissances, les richesses littéraires
de l'anliquité, et pour proléger la faiblesse de l'enfance, en lui donnant l'éducation publique; des Ordres contemplatifs, pour protéger la faiblesse du cœur, en ouvrant un asile à ces âmes ardentes qu'une sensibilité excessive peut rendre dangereuses à la société, ou malheureuses par la société. Certains Ordres se vouaient à la sublime fonction de délivrer des fers des barbares les chrétiens qui gémissaient dans l'esclavage, et d'autres à l'héroïque mission d'étendre, au péril de leur vie, les bornes de la civilisation et de la religion chrétienne; et les uns, comme les autres, protégeaient la faiblesse de la condition dans le captif, comme la faiblesse de l'esprit dans le sauvage. Les Ordres monastiques qui subsistaient des dons offerts par la piélé, plus rapprochés du peuple par leurs habitudes, et surtout par leurs besoins, se consacraient dans les campagnes, aux fonctions du saint ministère. Enfants de la Providence, ils étaient pour le peuple, qui s'élève difficilement aux idées spirituelles, une preuve vivante et visible que la religion prend soin de ceux qui se dévouent au service de la société. Ils entretenaient dans Thabitude précieuse de la bienfaisance, des hommes trop attachés à leurs intérêts temporels. Dans des sociétés où il n'y aura personne à assister, tous les cœurs seront fermés à la cojnpassion, toutes les mains à la bienfaisance, toutes les demeures à Vhospitalité. Aussi le pouvoir conservateur de la société religieuse, et par conséquent de la société civile, qui sait de quel prix sont, pour la conservation de la société, la pratique et l'exemple de la charité, nous dit lui-même que nous aurons toujours des pauvres au milieu de nous: fait bien digne de remarque, que le moment où les gouvernements travaillaient avec le plus d'ardeur à bannir de leurs états la pauvreté, ou plutôt la mendicité, ait été l'époque de l'expropriation la plus générale, et par conséquent de l'indigence la plus universelle î
Les Ordres de filles se vouaient à l'éducation des jeunes personnes, à l'instruction de l'enfance, au soin des malades, à la direction des hôpitaux, et faisaient servir ainsi à la conser-