LIVRE I
V Le premier état de la religion du monothéisme est la religion naturelle ou la religion de la famille, premier état de la société extérieure.
2^ Le second état de la religion du monothéisme est la religion Judaïque ou la religion de la société extérieure des Juifs, second état de la société extérieure. En effet, la république des Juifs n'était qu'une réunion de familles sans pouvoir général politique. Ses chefs, appelés rois, étaient des despotes et non des monarques, et Dieu lui-même avait annoncé au peuple qu'il en serait traité en esclave et non en sujet. Cette société était et est encore une véritable théocratie, destinée alors à montrer à l'univers qu'une société extérieure, sans pouvoir général ou sans monarque, ne peut subsister indépendante, que par l'intervention miraculeuse du pouvoir divin : comme elle est destinée à faire voir aujourd'hui qu'une société religieuse, dont Dieu a été le législateur et le pouvoir, peut se maintenir sans Je secours d'aucun pouvoir humain.
3° Le troisième état de la religion du monothéisme est la religion chrétienne, ou la religion de la société monarchique, troisième état de la société extérieure, et qui constitue la véritable société politique.
La société naturelle de l'homme avec l'homme, ou la famille, est l'élément de la société extérieure des familles entre elles; et la société politique constituée est le développement, le perfectionnement de la société extérieure des familles entre elles.
De même, la religion naturelle est le germe de la religion Judaïque ; et la religion chrétienne ou révélée est le développement, le perfectionnement, l'accomplissement de la religion Judaïque : Je ne suis pas venu, dit son divin fondateur, pour détruire la loi, mais pour l'accomplir. (Matth. v. 17.)
Ainsi, dans la religion naturelle, on doit apercevoir l'élément de la religion Judaïque, et dans l'une et dans l'autre le L 37
germe de la religion chrétienne ou révélée ' : comme dans la société naturelle, ou aperçoit l'élément de la société extérieure des familles entre elles, et dans l'une et dans l'autre le germe de la société politique constituée.
Les sociétés monarchiques chrétiennes sont donc le dernier état, le terme extrême du développement de la société extérieure ou politique et de la société intérieure ou religieuse. La preuve en est évidente, puisqu'une société oii la monarchie et le christianisme ont été abolis à la fois, est revenue aussitôt à l'état barbare d'une société idolâtre et sauvage.
Nous connaissons la société extérieure dans ses différents états, puisque nous faisons tous partie d'une famille, d'une société de familles entre elles, ou d'une société municipale et d'une société de communes entre elles, ou d'une société monarchique. Mais qui est-ce qui nous fera connaître la société intérieure ou religieuse dans ses différents âges, ou les divers états de la religion qui ont précédé le dernier état de la religion sociale, qu'on appelle religion chrétienne ou révélée? Nous les connaissons par la révélation.