LIVRE u
2" Il fait alliance avec ses voisins. « Trois chefs Amorrhéens » avaient fait alliance avec Abraham. »
3** 11 fait la guerre pour un sujet légitime; car ayant appris que son frère avait été attaqué et fait prisonnier, il choisit les plus braves de ses serviteurs, il forma deux corps de ses gens et de ses alliés, et venant fondre sur les rois ennemis, il les défit. Ainsi je vois dans cette société : 1° établissement stable dans un territoire déterminé; 2"* droit de paix et de guerre; 3° pouvoir général qui dirige la force publique; à° distinctions sociales ou profession consacrée à la défense de la société, puisqu'Abraham choisit et distingue ceux qui défendent, de ceux qui doivent être défendus. J'y vois donc tous les caractères d'une véritable société politique. Et qu'on ne dise pas qu'Abraham, vivant en société naturelle, ne faisait qu'user du droit naturel de repousser l'agression; puisqu'il ne prend pas les armes pour se défendre lui-même, mais pour défendre son frère séparé de lui; encore moins pour s'enrichir, puisqu'il jure quil ne prendra pas un fil de tout ce qui a appartenu aux ennemis.
Mais, et ce fait est digne d'une sérieuse considération, dès que la société politique se constitue, j'aperçois la société religieuse constituée ou la religion publique, et le sacerdoce paraît distingué de la royauté. Lorsqu'Abraham exerce dans une guerre légitime les fonctions de pouvoir de la société politique, Melchisédech, roi de Salem, ou suivant la force du mot hébreu, pouvoir de justice et de paix, offrant le pain et le vin, parce qu'il était pre/re du Très-Haut, bénit Abraham revenant de la poursuite des rois vaincus, et Abraham lui donne la dîme du butin qu'il avait fait : c'est-à-dire que la religion, qui est /mstice et paiXf consacre l'action du pouvoir politique qui s'exerce par la force dans une guerre légitime, et que le pouvoir politique assure, par la propriété, l'indépendance, c'est-à-dire, la perpétuité du culte public.
La société politique ou la société de force et de guerre, la société religieuse ou la société âe justice et de paix, s'unissent un instant et forment la société civile : mais les temps n'étaient
pas venus, où la véritable royauté devait s'unir au véritable sacerdoce, pour former la véritable société civile : le voile qui la tient cachée s'entrouvre un instant, et se referme aussitôt. Melchiscdech ou le pontife du Très-Haut se montre une fois et disparaît pour toujours. Il n'est plus parlé de lui dans le livre de l'ancienne alliance ou de l'ancienne société; mais dans celui de la nouvelle, il est dit que ce pontife qui offrait le sacrifice de la propriété, le pain et le vin, ce pontife sans père ni mère, sans généalogie, dont les jours ri avaient pas de commencement et dont la vie na point de fin, est en cela parfaitement semblable au pontife de la nouvelle alliance, c'est-à-dire, au fondateur de la nouvelle société. Une opinion respectable veut que ce soit lui-même, en sorte que le même pontife qui annonce dès-lors au Père des croyants l'union future de la société politique et de la société relig^ieuse, serait le même que celui qui, dans la suite des temps, a consommé cette alliance.
Le caractère essentiel de la société religieuse constituée, le don de l'homme se retrouve encore dans la société dont Abraham est le chef. Le Seigneur lui commande de lui immoler son fils unique, le seul espoir de sa vieillesse, et l'objet des promesses faites à sa postérité. Le patriarche obéit : mais le Seigneur se contente des dispositions du cœur, c'est-à-dire du don de l'homme moral, seule manière de faire le don de l'homme dans la société naturelle, qui fût agréable à l'Être suprême. Il fait alliance avec Abraham, et il jette ainsi les fondements de la société civile, ou de l'accord futur de la véritable religion et du véritable gouvernement.
Ce ne sont point là des interprétations mystiques, fruit d'une imagination exaltée, ou des allégories pieuses fondées sur des rapprochements ingénieux. C'est le propre texte des livres saints; et l'existence de César ou d'Alexandre est bien moins constatée que l'existence d'Abraham, que les monuments les moins suspects, que des preuves vivantes rendent contemporaine de tous les âges.
1"" Dieu fait alliance avec Abraham, et le sceau de cette al-
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liance n'est pas encore brise. Pour séparer la famille d'Abraham, qu'il destinait à former son peuple, des familles et des peuples des autres dieux, il lui impose et à tous ses descendants la douloureuse et humiliante pratique de la circoncision; et les descendants d'Abraham, partout errants, partout dispersés, l'observent encore avec une religieuse fidélité.
2"* Dieu annonce à Abraham qu'il sera le père d'un grand peuple, qui égalera en nombre les étoiles du ciel et les sables de la mer; et sans parler de la postérité spirituelle de ce patriarche ou des chrétiens, sa postérité naturelle, répandue en Orient par les Arabes, et dans l'univers entier par les Juifs, s'accroît sous nos yeux dans une progression incalculable.
3" L'ange du Seigneur, en promettant à Agar que la postérité d'Ismaël, qu'elle avait eu d'Abraham, se multiplierait prodigieusement, trace d'une manière sublime le caractère inquiet, agresseur et turbulent de l'Arabe descendu d'Ismaël. ({ Ce sera un homme fier et sauvage; il lèvera la main contre » tous, et tous lèveront la main contre lui, et il dressera ses » pavillons à l'oppositede tous ses frères. » Les Arabes comme les Juifs se reconnaissent pour issus d'Abraham, et la mémoire de ce patriarche est en grande vénération dans tout l'Orient.
4° Dieu promet à Abraham que toutes les nations de la terre seront bénies en lui; et c'est d'Abraham qu'est issu celui qui a répandu sa bénédiction sur toutes les nations, en les appelant toutes à jouir du bienfait de la société civile par l'accord de la religion de l'unité de Dieu avec le gouvernement de l'unité de pouvoir ; gouvernement qui conserve l'homme physique intelligent dans sa liberté, par l'amour et la crainte du pouvoir général de la société politique, qui est le monarque; comme la religion conserve l'homme intelligent physique dans sa perfection ou sa liberté, par l'amour et la crainte du pouvoir général de la société religieuse, qui est Dieu.