LIVRE IV
taies, et lois fondamentales elles-mêmes, mais dont les lois civiles ne sont pas des conséquences nécessaires des lois politiques, et lois politiques elles-mêmes, est moins constituée que celle dans laquelle les lois civiles sont des conséquences nécessaïres des lois politiques. Ainsi la loi civile de la substitution des fiefs pour la noblesse est une conséquence nécessaire de la loi politique de l'hérédité de la profession, et loi politique ellemême; et la France, qui, pour favoriser les mutations de propriété, a restreint cette loi, a altéré la constitution pour enrichir le fisc.
Donc la société religieuse, qui n'a pas de lois fondamentales, ne peut avoir aucune loi religieuse, conséquence nécessaire des lois fondamentales, et loi fondamentale elle-même; cette société ne parvient donc pas à sa fin; elle n'est donc pas constituée; elle n'est donc pas une véritable société religieuse; elle n'est qu'une secte.
Donc la société religieuse, qui a des lois fondamentales, mais dans laquelle les lois religieuses ne sont pas des conséquences nécessaires des lois fondamentales, et lois fondamentales elles-mêmes, est moins constituée et parvient moins à sa fin que celle dans laquelle les lois religieuses sont des conséquences nécessaires des lois fondamentales, et lois fondamentales elles-mêmes. Ainsi, en Allemagne, la loi religieuse, qui permet à l'ordre épiscopal, premier grade de la force publique de la société religieuse, d'occuper plusieurs sièges à la fois, et qui le détourne de ses fonctions naturelles et nécessaires par l'exercice d'un pouvoir politique, n'est pas une conséquence nécessaire de la loi fondamentale des distinctions sociales ou force publique; et par conséquent la religion chrétienne y est, sous ce rapport, moins constituée qu'elle ne l'est en France et en Espagne, et l'imperfection de la constitution religieuse s'y manifeste par des effets très-sensibles. Ainsi, dans l'Église Grecque, la loi religieuse, qui soumet les ministres de la religion à un chef 'particulier, y est formellement en contradiction avec la loi fondamentale du pouvoir général; puisque cette société.
reconnaissant le même pouvoir général que le reste de ia chrétienté, ne veut pas reconnaître un chef général de la force publique ou des ministres de la religion. Aussi la religion y est-elle purement extérieure, et dans l'Église Russe les ministres sont d'une profonde ignorance
Je ne parlerai pas des lois morales, qui sont les mêmes dans toutes les sociétés religieuses; mais je prouverai que le principe des lois morales, l'amour de Dieu et celui des hommes, ne peut exister dans les sociétés non constituées.
Comme il ne peut y avoir entre deux êtres, sur un même objet, qu'un rapport nécessaire, tandis qu'il peut y avoir sur le même objet, entre deux êtres, une inOnité de rapports non nécessaires, il s'ensuit évidemment qu'il n'y a qu'une constitution religieuse et qu'une constitution politique de société, et qu'il peut y avoir une infinité de sociétés politiques non constituées, ou de formes différentes de gouvernement, et une infinité de sociétés religieuses non constituées, ou de sectes.
On a vu que la société politique constituée a un principe intérieur de vie, d'indépendance, et par conséquent de conservation et de force qui en assure la durée, et qui se manifeste par un perfectionnement ou un développement progressif; et l'on verra que la société religieuse constituée a un principe intérieur de vie, d'indépendance, et par conséquent de conservation et de force qui en assure la durée, et qui se manifeste par un perfectionnement ou un développement progessif.
On a vu que les sociétés politiques non constituées ont un principe intérieur de faiblesse, de dépendance, de détérioration et de mort; et l'on verra que les sociétés religieuses non constituées ont un principe intérieur de faiblesse, de dépendance, de détérioration et de mort; parce que l'on peut dire des unes comme des aulres : « Si le législateur, se trompant » dans son objet, établit un principe différent de celui qui » naît de la nature des choses, l'État ne cessera d'être agité, » jusqu'à ce que ce principe soit détruit ou changé, et que » l'invincible nature ait repris son empire. » Ce qui veut