‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 280 sur 300 · LIVRE IV. o · texte numérisé non relu

LIVRE IV. o

l'homme extérieur ou social, elle est culte ou religion extérieure. La réunion de la religion intérieure et extérieure, de l'adoration et du culte, constitue précisément la religion sociale ou publique; parce que la réunion de l'homme intérieur et de l'homme extérieur, de l'âme et du corps, constitue l'homme social ou politique. Ce n'est donc que par abstraction, qu'on peut séparer, dans la société, la religion intérieure ou Yadoration, de la religion extérieure ou du culte; comme ce n'est que par abstraction, qu'on peut considérer sur la terre Ihomme intelligent séparé de l'homme physique.

Toute société, avons-nous dit en traitant des principes des sociétés en général, existe par une volonté générale, un pouvoir général, une force générale d'exister; car une société qui n'aurait pas la volonté d'exister, qui n'aurait pas le pouvoir d'exister, qui n'aurait pas la force d'exister, n'existerait pas. La volonté générale est, dans la société, cette volonté de parvenir à sa fin qui se trouve dans tout être, et qui, avec les moyens d'y parvenir, forme sa nature ou son essence.

Le pouvoir général est l'amour réciproque de Dieu et de l'homme, principe de conservation des êtres qui composent la société, pouvoir conservateur, lorsqu'il agit par la force.

La force conservatrice de la société intérieure ou d'adoration esi, dans Dieu, ce que les théologiens appellent la grâce; dans l'homme, elle est la disposition à recevoir la grâce, et la fidélité à y correspondre. Cette définition est exacte, puisque la grâce est la force ou le secours qu'a l'homme pour faire le bien, c'est-à-dire, pour former société avec Dieu; et quoique Dieu donne à l'homme jusqu'aux premières dispositions nécessaires pour faire le bien, qu'il lui donne le vouloir et le faire, ces dispositions se trouvent dans l'homme, puisque Dieu les y a mises *.

' Je prie le lecteur de s'abstenir d'épiloguer sur cette définition de la grâce. Je ne tiens à aucun parti ; et si par hasard mes expressions pouvaient ne pas s'accorder avec les expressions de la société religieuse, ou de l'Église, mes

Dans la sociélé de Dieu avec les hommes extérieurs ou so* ciaux> qu'on appelle culte, le pouvoir général conservateur est l'amour réciproque de Dieu et des hommes personniBé dans r homme-Dieu rendu extérieur et présent dans le sacrifice, dont je parlerai tout à l'heure. En effet, l'amour est le principe de conservation des êtres sociaux; et lorsqu'il agit par la force, il est pouvoir conservateur des êtres : or celte force est extérieure ou sociale, puisque le pouvoir, dont elle est l'action, est luimême extérieur et social. Nous avons déjà vu que cette force extérieure, sociale ou publique, est la profession sacerdotale, par l'action de laquelle le pouvoir se rend extérieur et présent dans le sacrifice.

Ainsi je vois, dans la sociélé religieuse, les distinctions sociales permanentes ou le sacerdoce, comme j'ai vu, dans la sociélé politique, les distinctions permanentes ou la noblesse.

Ainsi l'institution de la profession sacerdotale est une conséquence nécessaire de la loi fondamentale de l'unité de Dieu, pouvoir conservateur de la société religieuse, et loi fondamentale elle-même : comme l'institution de la noblesse est une conséquence nécessaire de la loi fondamentale de l'unité de pouvoir politique, et loi fondamentale elle-même.

Le sacerdoce est la force publique ou l'action du pouvoir religieux, comme la noblesse est la force publique ou l'action du pouvoir politique; parce que tout pouvoir agit par une force, et qu'un pouvoir sans force n'est pas un pouvoir. « Les peu- » pies, dit Montesquieu, qui n'ont pas de prêtres, sont ordi- » nairement barbares. »

Puisque le pouvoir est permanent, la force, qui est l'action du pouvoir, doit être permanente; le même auteur le remarque ; « Le culte des dieux, dit-il, demandant une attention con- )) linucllc, la plupart des peuples furent portés à faire du clergé » un corps séparé. »

Donc la succession perpétuelle du sacerdoce, succession phy-

opinionsne s'écarlcronl jamais de ses principes, el je réformerai mes exprès sions, s'il est nécessaire.

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siquement héréditaire, dans une religion charnelle comme la religion Judaïque, spirituellement héréditaire, dans une religion spirituelle comme la religion chrétienne, est un rapport nécessaire qui dérive de la nature des êtres, une conséquence nécessaire de la loi fondamentale, et loi fondamentale ellemême.

Une force extérieure suppose une direction aussi extérieure; direction suppose commandement et obéissance : donc la hiérarchie des ministres du culte est un rapport nécessaire dérivé de la nature des êtres, une conséquence nécessaire de la loi fondamentale de la force publique, et loi fondamentale ellemême. « Lorsque la religion, dit Montesquieu, a beaucoup de » ministres, il est naturel (c'est-à-dire, nécessaire) qu'ils aient » un chef, et que le pontificat y soit établi. »

Je prie le lecteur de donner une attention particulière à la démonstration suivante.

Une société constituée parvient nécessairement k sa fin, qui est la conservation des êtres qui la composent.

Mais la volonté générale, le pouvoir général, la force générale constituent la société.

Donc la volonté générale de la société sera nécessairement conservatrice, son pouvoir général nécessairement conservateur, sa force générale nécessairement conservatrice.

Les ministres du culte religieux, ou la profession sacerdotale^ sont la force publique conservatrice de la société religieuse.

Donc la profession sacerdotale, réunie pour exercer un acte de la force générale conservatrice de la société religieuse, sera nécessairement conservatrice : donc l'Eglise, ou les ministres de la religion, assemblée en concile est infaillible.

Donc l'infaillibilité de l'Église est un rapport nécessaire qui dérive de la nature des êtres, une conséquence nécessaire de la loi fondamentale du 'pouvoir général, et loi fondamentale elle même.

On peut parvenir au même résultat par une démonstration plus abrégée.

Une autorité irréformable est une autorité infaillible; car une autorité ne peut être reconnue faillible, qu'autant qu'une autorité supérieure peut la faire apercevoir qu'elle a failli : or il n'y a aucune autorité supérieure à celle de la société, puisque la société comprend tous les êtres : donc la société ne peut être reconnue faillible, donc elle est irréformable, donc elle est infaillible.

La force générale conservatrice de la société ne peut être dirigée que par son pouvoir général conservateur dont elle est l'action : donc là oii sera la force générale conservatrice de la société religieuse assemblée pour sa conservation, là sera le pouvoir général conservateur. Voilà que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles.... Là où deux ou trois personnes sont assemblées en mon nom, je suis au milieu d'elles, dit à ses apôtres, premiers ministres de la société chré tienne, le pouvoir conservateur de cette société \

Si l'infaillibilité appartient au corps des ministres, elle ne peut être attribuée à aucun individu, ni à aucune fraction de la profession sacerdotale.

La force de la société religieuse intérieure, ou de l'adoration, est la grâce; la force de la société religieuse extérieure, ou du culte, sont les ministres de la religion : la société religieuse intérieure et la société religieuse extérieure, c'est-à-dire, l'adoration et le culte, s'unissent pour former la religion publique ou sociale. Donc la force conservatrice de l'une, qui est la grâce, s'unira à la force conservatrice de l'autre, qui sont les ministres de la religion : donc les minisires de la religion seront les dispensateurs de la grâce : donc la dispensation de la grâce par les ministres de la religion, qu'on appelle l'administration des sacrements, est un rapport nécessaire qui dérive de la nature des êtres, une conséquence nécessaire des lois fondamentales, et loi foniamentale elle-même.

' Il tne semble que Jésus-Christ avant sa mon parle à ses apôtres au (ului , J'enverrai l'Esprit consolateur... lorsqu'il sera venu, etc. Après sa résurrection, il leur parle au présent : Je suis tous les jours avec vous, etc.

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