‹ Œuvres de M. de BonaldChapitre 282 sur 300 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

acte, si la force se joint à la volonté : or, la force tend nécessairement à se joindre à la volonté^ et par conséquent le désir tend à devenir acte.

Les volontés dépravées sont donc défendues, soit qu'elles se manifestent par des actes, ou qu'elles demeurent de simples désirs.

Toute transgression d'une défense emporte nécessairement punition : donc toutes les volontés dépravées doivent être punies; donc elles doivent être jugées; donc elles doivent être connues; donc elles doivent être accusées : tous ces rapports sont nécessaires et dérivés de la nature des êtres; donc ils sont des lois.

Mais l'homme est seul à connaître ses désirs et les motifs de ses actions : donc il doit être seul à les accuser; donc la confession auriculaire est un rapport nécessaire qui dérive de ia nature des êtres, une conséquence nécessaire des lois fondamentales et fondamentale elle-même.

Mais, disent les Réformateurs, c'est à Dieu seul, juge et témoin de nos actes les plus secrets, de nos désirs les plus fugitifs, qu'il faut s'en accuser : la réponse est aisée et suit naturellement de mes principes. Un acte, un désir destructif de la société religieuse doit être réprimé par la force générale conservatrice de la sociétété religieuse, qui est la grâce : or, la force générale conservatrice de la société religieuse intérieure ne peut être appliquée à l'homme extérieur ou social, que par les ministres de la religion qui sont la force générale conservatrice de la société religieuse extérieure; c'est-à-dire que les forces conservatrices des deux sociétés sont inséparables, comme les deux sociétés elles-mêmes; et les deux sociétés sont inséparables, parce que l'homme intelligent ne peut être séparé de l'homme physique.

Un sujet coupable d'un crime ne se contentera pas de l'intention même connue de son souverain de le lui pardonner; il voudra en obtenir des lettres de grâce, et en faire sceller l'expédition. Cette comparaison est parfaite, parce que les so-

ciétés religieuse et physique sont semblables, et quelles ont une constitution semblable. Je parlerai ailleurs de l'effet politique de la confession.

Donc les peines expiatoires, la prière, l'aumône, le jeûne, tout ce qui gêne l'esprit, le cœur et les sens de l'homme, sont des rapports nécessaires qui dérivent de la loi de la confession; car tout ce qui est pénible à l'homme intelligent et à l'homme physique, peut être un sujet de peine.

Si l'homme intelligent a rempli tous ses devoirs envers la société religieuse dont il est membre, (et remarquez que rhomme intelligent ne peut remplir ses devoirs envers la société religieuse, que l'homme physique ne remplisse les siens envers la société politique dont il fait partie) il doit être récompensé par le pouvoir conservateur de la société religieuse; il doit être récompensé, tant qu'il ne cesse pas de mériter la récompense : donc la récompense doit être éternelle, parce que l'homme intelligent, dégagé des liens du corps, ne peut démériter.

Donc s'il n'a pas rempli tous ses devoirs envers la société religieuse, ou s'il n'a pas expié ses fautes, (car le pardon envers le pécheur repentant est un rapport nécessaire dérivé de la nature d'un être infiniment bon) il doit être puni, tant qu'il ne pourra cesser de démériter : or, l'homme intelligent, dégagé des liens du corps, est dans un élat fixe et dans lequel il est toujours ce qu'il est une fois : donc le châtiment sera éternel.

« L'idée d'un lieu de récompense, dit Montesquieu, en- » traîne nécessairement l'idée d'un séjour de peines; et quand » on espère l'un, sans craindre l'autre, les lois civiles n'ont » plus de force. »

Il n'est pas difficile de prouver que l'homme intelligent, ou l'âme dégagée des sens, ne peut ni mériter ni démériter, c'està-dire qu'elle est fixée dans l'état dans lequel elle se trouve au moment de sa séparation d'avec les sens. L'âme juste est en société d'amour avec Dieu; l'âme coupable est, si je 'puis

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