ALAIN, NICETTE
ALAIN
Ain : Je sommeille.
Holà, belle Nicette, holà.
Où donc ètes-vous ? La voilà Qui sommeille.
* On trouvera peut-être que l'esprit ou plutôt la malice vient un peu vite à Nicette ; mais il ne laul p.is oublier qu'un ouvrage dramatique est un tableau dont toutes les proportions sont données d'avance, et que l'auteur est obligé d'y précipiter l'action, afin de pouvoir y faire figurer les principaux incidents qui naissent de son sujet.
Avec ces rubans ornons-la ; Mais prenons garde que cela Ne la réveille.
Même Air.
Mardi ! le tour serait niHlin ; Mais je crains trop...
NICETTE
Alain, Alain, Je sommeille.
ALAIN
J'en ai biaucoup à vous conter ; Çà, çà, que pour nous écouler, On se réveille.
Même Air :
Elle dort ; approchons; tout doux...
Je n'oserais, retirons-nous.
Je sommeille.
ALAIN
Nicette, c'est assez dormi ; C'est la voix d'Alain, votre ami, Qui vous réveille.
NICETTE, se lève et présente sa main.
Allons, baisez-moi la main, afin que je fasse semblant de me fâcher. Je sais comme vient l'esprit.
ALAIN
Oh! je le sais bian itou. Allez, l'esprit viant de l'amour !
NICETTE
De l'amour?...
ALAIN
J'allonsvous expliquer ça. Quand on a choisi une amoureuse, c'est-à-dire queuqu'un qu'on aime bian, on 11 fait un compliment, et pis encore on li donne des fleurs.
C'est drôle !
l'A VAUT
NICETTE
ALAIN
Air : La fille du village; Où : Attendez-moi sous l'orme.
On prend sa main encore.
mcETTE.
Ensuite que faiUon ? ' Puis on la baise encore.
NICETTE
L'esprit ainsi vient donc ?
ALAIN
Puis on embrasse,
NICETTE
Encore!
ALAIN
Oh ! l'on n'y manque point, Et d'encore en encore, li'esprit viant à son point.
J'allons en faire l'expérience. Allons, prenez que vous
vMà. Vous allais voir, vous allais voir. (ll va au fond du théâtre, et revient le bouquet à la main et le chapeau sous le liras, en disant :) D'une manière galante, (ii fait la révérence et dit:) Le compliment à ct'heure. Mademoiselle Nicette, vous êtes belle... belle... comme... comme vous-même. Je ne sais, mordi! rien de I)lus biau à quoi vous recomparer. (D'un ion plus familier.) L'esprit viant-il ?
NICETTE
Non, mais j'ai bonne espérance : ça me rend joyeuse.
ALAIN
Air : De l'amour je subis les lois.
Je n'en fais plus un vain mystère.
Recevez donc ce biau bouquet
NICETTE
Très-volontiers.
11 faut, Nicelte, Que je l'attache à ce corset.
NICETTE
Très-volontiers.
ALAIN, après avoir attaché le bouquet.
L'affaire est faite.
Prenons et baisons cette main.
(Il baise la main de Nicette.) NICETTE, émue.
Alain... Alain... mon cœur palpite.
ALAIN
Le mien galope aussi son train.
NICETTE
Cher Alain.
Quel sujet nous agite !
Am : Dieux ! quel tourment !
C'est de l'esprit assurément.
Qui nous vient brusquement.
ALAIN
Je pensons tout do même.
Eprouvons encore ça. (ll lui baise piirore la main.)
Je sens en ce moment.
Ah ! quel moment !
NICETTE
Un trouble extrême.