SOLIMAN, ELMIRE, DÉLIA
^SoliiaanclElmiresont assis à la turque sur le sofa; Délia avance timidement, s'arrête au milieu du tliéAtre, et met un genou en terre devant le sultan. )
DÉLIA, au sultan.
A tes ordres, seigneur, Délia vient se rendre. Osmin m'a dit que lu voulais m'entendre ; Je ne m'attendais pas à l'honneur sans pareil...
SOLIMAN , à Délia, froidement.
Levez-vous et chantez.
DÉLIA , se levant.
Pardon, je suis tremblante':
L'aigle seul a le droit de fi^er le soleil; Que ton âme soit indulgente.
(Elle chante.) Dans la paix et dans la guerre, Tu triomphes tour à tour :
Tu lances les traits de l'Amour, Tu lances les traits du tonnerre.
Mars et Vénus te comblent de faveurs, Kt ta valeur, dans les champs de la gloirCj Remporte la victoire Aussi rapidement que tu gagnes les cœurs.
SOLIMA!^.
Par quel charme mon cœur se sent-il excité? Sa voix me transporte et m'enchante.
ELMIlilî.
Ce qui m'en plaît le mieux, c'est que ce qu'elle chaule Est conforme à la vérité *.
( A pan, regardant Délia. )
Mais je crois qu'elle prend un air de vanité.
SOLIMvN.
Elle a je ne sais quoi qui prévient et qui touche.
( A Elniirc, on lui prenant la iiiaiii. )
Je veux qu'elle s'attache à vous faire sa cour.
( En rpgardaiit Délia. )
Ah ! que les sons flatteurs d'une si belle bouche Doivent bien exprimer l'amour !
DÉLIA
Je vais, si vous voulez, célébrer l'inconstance.
ELMIKE.
C'en est assez.
SOLIMAN, à Kliiiiro.
Ayez la complaisance...
C'est un talent qu'il faut encourager.
ELMIRE, se contraignant.
Je me soumets.
SOLIMAN, a Délia.
Chantez ; ce sera m'obliger.
ELMIRE , à part.
C'en est trop, je perds patience.
DÉLIA chante.
( Pondant qufi Délia chante, Soliman bat la mesure dans la main d'Elmire. Elniirc, qui s'aperçoit de l*attention du sultan pour Délia, retire sa main par un mouvement de jalousie. )
Jeunes amants, imitez le Zéphyr :
11 caresse l'œillet, l'anémone et la rose;
Jamais son vol ne se re|)ose ;
Nouvel objet, nouveau désir.
* Tout ceci fut composé pour Louis XV, et l'on voit que Favart n'y a pas épargné la llaltcrie. Cependant, il est surprenant que ce monarque ne se reconniît pas dans Soliman. Le prince turc est mécounaissa-
De beautés en beautés, sans vous fixer pour une,
Comme lui voltigez toujours ; Voltigez, et passez de la blonde à la brune ; Les belles sont les fleurs du jardin des amours
SOMMAT), se levant.
Rien n'est plus parfait à mon gré :
Elle charme à la fois et le cœur et l'oreill*»;
A Kliuire. ) (Ju'en pensez-vous ?
ELMIRE, avec humeur.
Son chant est trop maniéré.
Ah! vous avez raison :elle chante à merveille.
ELMIRE
La réponse est très-juste; eh bien! écoulez-la. De votre attention je crains de vous distraire
( A part. )
(lachons-leur mon dépit.
( El|e sort. )