ROXELANE, SOLIMAN, OSMIN, DÉLIA
ROXELAI^E.
Ah ! voici, grâce au ciel, une figure humaine.
Vous êtes donc ce sublime sultan De qui je suis esclave? Eh bien! prenez la peine, Mon cher seigneur, de chasser à l'instant ( Montrant Osmin. ) Cet oiseau de mauvais augure.
OSMlN.
Hem ! le début est leste.
ROXELANE
Allons, allons, va-t'en, Délivre-nous de ta triste figure, Sors.
SOLIMAS.
Roxelane , respectez Le ministre des volontés D'un maître à qui tout doit obéir en silence.
IlOXELANE.
Ah! ah!
SOLIM.\>"
Vous n'êtes pas en France :
Ayez l'esprit plus liant et plus doux.
Et, croyez-moi, soumettez-vous.
On punit au sérail le caprice et l'audace.
ion FAVART.
IIOXEI.ANE.
Ce discours a fort bonne grâce !
Qu'un empereur lurc est galant!
Prenez-vous ce ton-là pour être aimé des femmes? Vous devez enchanter leurs âmes; En vérité, c'est avoir du talent !
Mais, mais je vous trouve excellent!
( Montrant Osmin. )
Et de vos volontés voilà donc le ministre?
Respectons ce magot avec son air sinistre ;
Aveuglément nous devons obéir ;
Il a vraiment de brillants avantages.
Hom ! si vous le payez pour vous faire haïr,
Il ne vous vole pas ses gages.
Un vrai monstre amphibie, un triste épouvantail, Jaloux, non pas pour lui, qui sans cesse nous gronde ; Qui, pour nous désoler, nuit et jour fait sa ronde, El nous renferme ici comme dans un bercail.
Ah ! comme il était en colère Pour m'avoir vue hier seule dans vos bosquets ! Est-ce encor par votre ordre? Eh! quel mal peut-on f'iiiro? Nous est-il défendu d'y respirer le frais?
Avez-vous peur qu'il ne pleuve des hommes? Et, quand cela serait, voyez le grand malheur !
Le ciel, dans l'état où nous sommes, Nous devrait ce miracle.
osjim.
Eh bien 1 eh bien ! seigneur, Qu'en dites-vous?
SOLIMAN, à Osinin, considéranl linxolanc. Quel jeu de physionomie !
Qu'elle a de feu dans le regard !
ROLEXAPiE.
Comment! vous vous parlez à part?
Je vous avertis en amie
Qu'il n'est rien de plus impoli :
Oui. vous feriez mieux de m'enteuJre ; Je veux faire de vous un sultan accompli ;
C'est un soin que je veux bien prendra. Commencez, s'il vous plaît, par vous désabuser Que vous ayez des droits pour nous tyranniser :
C'est précisément le contraire.
Les hommes ne sont faits que pour nous.amuser.
Corriifez-vous, chercheî à plaire;
Chez vous on s'ennuie à périr.
Au lieu d'avoir pour émissaire
( Montrant Osiniii. ) Ce prétendu monsieur que je ne puis soullVir, Prenez un officier, jeune, bien fait, aimab'c Qui vienne les matins consulter nos désirs,
Et nous fuire un plan agréable
De jeux, de fêtes, de plaisirs.
Pourquoi de cent barreaux vos fenêtres couvertes?
C'est de fleurs qu'il faut les i^arnir ; Que du sérail les portes soient ouvertes. Et que le bonheur seul empêche d'en sortir.
Traitez vos esclaves en dames.
Soyez galant avec toutes les femmes,
Tendre avec une seule ; et, si vous méritez
Qu'on ait pour vous quelques bontés, On vous en instruira. J'ai dit, je me retire :
C'est à vous de vous mieux conduire ;
Voilà ma première leçon :
Profitez; nous verrons si vous valez la peine
Qu'on vous en donne une autre.
1 Klle sort. ) 0SM1>".
Bon :
( A Soliin;iii. )
Elle vous parle en souveraine.
lus 1 A VAUT.