COUPLET CONTRE UN PETIT-MAITR
Air : Dès que je vois passer Jeananl.
Il brillera comme une fleur Dans les jardins de Cythére,
Et son teint aura la fraîcheur D'une rose printaniére ;
M.iis, sur celte aiiparence-l,i, Rien folle qui s'expose :
Qui s'y fiera
Piqûre aura ; L't''{.iiie osl sons la rose.
COt PI.ETS
KNVOVrS A MONSII ni I.AllIiK tlE VOlSENflN, E >' 1774. LF JOll; Il F: s A F È T K
AïK : i.o iiiiiicli 01 le vin ([up j";ii pri
'>ur les rives de rilélicoii >';ii|uil un fort joli poupon.
I j'onlez son histoire :
Tour parrain il eut Apollon.
Kt fut le plus cher nourrisson
Des filles de Mémoire.
L'amour avec attention lùtrina son éducation.
Eh 1 zon, zon, zon.
Disait Cupidon,
II soutiendra ma ijloirc.
l'n jour, comme il faisait dodo.
On voit autour de son berceau
Voltiger mainte abeille.
Ces légères filles du ciel A l'envi déposent leur miel
Sur sa bouche vermeille;
Mais, ftii voulant trop s'empresser A lo baiser, le caresser, Eii zon, zon, zon, Un coup d'aiguillon A l'instant le rjveille.
De l'aiguillon qui lui resia Ht provenu le goût qu'il a
Pour la fine satire. On ne doit pas élre alarmé ; La pointe dont il est armé
En piquant ne peut nuire.
Kn jouant il lance son dard :
Celui contre lequel il part, Eh! zon, zon, zon.
D'un Irait sans poison
Est le premier à rire.
Dos quinze ans, cet enfant lutin Avait un esprit libertin.
Faisait des épigi*ammes, Émit railleur et ferailleur; Mais, ce qu'il avait de meilleur.
C'est qu'il aimait les femmes.
Oh ! disait monsieur son papa Un grand vicaire on en fora.
Eh! zon, zon, zon, Il sera fort bon
Pour dirisrer leurs Ames.
Ce joli petit garnement Était friand, était gourmand;
Espiègle comme un diable, 11 avait de la liqueur, Qui. coulant du gosier nu cfpur
Fortifiait son rable.
3ti FAVART.
Il avait les grAccs d'élat Pour fiiire un jour un grand prélal, Eh! zon, zon, zon, Père Gribourdon En était, moins capable.
Etant grand pénitencier, L'abbé savait officier
Bien mieux qu'une Eininence.
Les filles, pour le moindre mal, Accouraient à son tribunal
S'accuser de l'offense.
Avec zèle il les confessait, Et par charité les fessait, Eh zon, zon, zon, Enfant du démon,
Voilà ta pénitence.
Comme il était jeune orateur 11 devint grand prédicateur,
Occupant double chaire.
Au temple il prêchait pour les saints, Et pour l'Amour tous les malins
Il prêchait àCythère.
Dès qu'on y voyait le docteur.
L'onction coulait dans le creiir.
Eh! zon, zon, zon.
Le joli sermon !
Qu'il sait toucher et plaire !
Tous les jours ses talents nouveaux Lui procuraient sur ses rivaux
Une pleine victoire .
Lorsque ses vers il écrivait, D'un pur nectar il se servait Au lieu d'une encre noire.
Sa plume était un Irnil d'uinour, El les (rois Grâces, tour à tour, Eh ! zon, zon, zon, Au petit mignon Prêtaient leur écritoire.
L'abbé veut donner un diné Il n'était pas bien fortuné,
Mais son âme était iiére.
Pour faire honneur à ce régal, Il vend et Bible et Diurnal,
Et saint Paul et saint Pierre :
Le repas fut délicieux, C'ir l'abbé pérorait au mieux.
Disant : Zon, zon, Que le vin est bon !
J'avale mon bréviaire.
Or, si bien il fut avalé.
Que bien du temps s'est écoulé
Sans qu'il ait pu le dire; Mais, comme il craignait le bon Dieu.
Il dit un jour : Par l<i, morbleu I
Au pape il faut écrire.
Combien le Saint-Père en a ri I
A mille écus il taxe Henri,
Eh! zon, zon, zon, Mille écus, c'est bon.
Pour notre tirelire.
Pour notre abbé quel saint retour !
Le bréviaire est dit chaque jour
Avec mainte prière; Mais le sinet est un lacet Qu'il a détaché du corset ;
D'une gente bergère.
lAVAin.
Di'nuis, il ni;ii'i|iie rojaison Avec un couplet de chanson.
Eh ! zon, zon, zoii, Dieu lui fasse don De sa grâco pléni'.'re I
Quand sa main droite fait du hien, Jamais la gauche n'en sait rien;
Chacun en fait l'éprouve.
Quand il faut servir son prochain, D'ttbord il se met eu chemin.
Soit qu'il vente ou qu'il pleuve, Toujours il cache le bi nfait; Mais on pénétre son secret.
Eh! zon, zon, zon, Il soutient, dit on,
L'orphelin et la vcuvo.
Au reste, c'est un ami sur :
Comme le ciel son cœur est pur.
Eu tout l'honneur le guide ; Il n'a point un esprit changeant:
So'n caractère est obligeant,
Prévenant et solide.
Etre en amour un peu fripon, La faute est digne de pardon.
Eh! zon, zon, zon.
L'austère raison
Comme nous en décide.
Pour l'amitié, pour les amours.
Que les dieux prolongent ses jours
S'ils ont pitié des nôtres.
Qu'au plus long terme des vieillards 11 mêle des couplets gaillards
Avec ses palenùlres!
i'UKsii:s. 5r
Nous lui devons iiolre gni( lé, Buvons un coup à su siuili', £li I zon, zon, zoii, Avec un second Suivi Je iilusieurs autres.
lE POÈTE.
Je m'inipjse des lois que mon esprit enlVeiiil,
Et, si je suis auteur, l'ascendanl m'y contraint :
Je lutte vainement contre un lleuve rapide;
En vain le jour m'éclaire et la raison me guide :
Un Ilot impétueux s'élève contre moi,
M'éblouit, me surprend, et m'entraîne, avec soi.
Apollon, dira l'un, éclaira ma naissance ;
Les nuises de cet autre ont dirigé l'enfuncc;
Il bégayait des vtrs avant qu'il sût parler;
Enlin de ses faveurs ardent à les combler,
Le dieu de l'IIélicon leur ouvrit ses mysti:res.
Et les initia dés le sein de leurs mores.
Soyez poëte-né, j'en demeure d'yccord.
Mais redoublez vos soins pour corriger le sort :
Quand on vainc son penchant, la gloire (ju'on renii»orte
Eclate d'autant plus que rinlUiciice est forte.
Socrate, né larron, fourbe et voluplueuN,
A force de combats se rendit vertueux.
Vous viendrez mieux à bout d'une verve indiscrète ;
Car quelle est cette verve? et qu'est-ce qu'un poëte '!
Un poëte est un fou qui détruit son repos,
Qui consume le temps à mesurer des mots,
Préférant l'harmonie au sens, ii la justesse.
Toujours dans un délire approchant de l'ivresse,
HH lAVAirr.
De vaiii(3s liclioiis son esprit infecté
l'onr cniliellir le fuix trahit la vérité.
il grossit les objets; et, sur leurs apparences.
En juge souverain il dicte ses sentences;
Par de faux préjugés qu'il prend je ne sais ou
Chez lui tout peintre est gueux, et toutpoëte est l'on.
Mais un homme de poids que le bon sens gouverne,
Pour distinguer de prés oppose la lanterne;
Son génie attentif, ami de l'équité,
Pénétre, approfondit, trouve la vérité.
11 convient qu'un auteur, philosophe agn'-able.
Peut être en niènn' temps poëte et raisonnable;
Et qu'il doit quel(|ucfois avoir recours au faux
Pour montrer la morale avec dos traits iilus beaux.
D'un mensonge innocent la délicate amorce,
An lieu de l'altérer en augmente la force,
Lui prête des beautés dont le charme vainqueur
L'i conduit à l'esprit, et de l'esprit au cœur.