ACTE I, SCÈNE III. aor
Contraint de les signer, j'ai maudit mon emploi; Il m'est cher aujourd'hui: je signe, après mon Roi, Une paix que mes vœux sollicitaient sans cesse. Heureux de voir ce jour, je bénis ma vieillesse. Après dix ans de guerre, ô France! ô mon Pays! J'ai vu finir tes maux : mes destins sont remplis.
CATHERINE
En signant cette paix, j'achève mon ouvrage. Bourbon ! jeune héros, dont le noble courage Presque dès le berceau promit de grands destins, Avec soin j'écoutai ces présages certains : Mon cœur vous désigna pour l'époux de ma fille. Et vous, digne héritier d'une illustre famille, Vous, qui, des Châtillons surpassant les exploits. Défendîtes long-tems le trône des Valois, Soyez encor l'appui , non l'effroi de vos maîtres. Le rang, les dignités, les biens de vos ancêtres. Tout vous est aujourd'hui reiidu par ce traité. Rendez-nous votre cœur, votre bras indompté. L'étranger, nourrissant nos guerres intestines, A grossi son pouvoir, fondé sur nos ruines; Que ses lâches complots soient promptement punis; Et que Philippe tremble en nous voyant unis.
LORRAINE
Je signe avec transport. Coligni, daignez lire Cet important traité qui doit sauver l'Empire. Les articles d'avance étaient réglés par vous; J'ai respecté vos vœux: je les ai suivis tous.
Nos dé])ats éternels affligeaient le ministre; Ils offraient au prélat un aspect plus sinistre; D'un scandale trop long mes yeux étaient lassés. Que Dieu cesse de voir ses enfans dispersés Perpétuer entr'eux le crime de la guerre; Que leur douce union console enfin la terre! Français, chrétiens, pour nous la Paix est un devoir.
GUI SE
La Paix ! à ce nom seul tout se livre à l'espoir.
Je n'examine point si mon cœur la désire;
Elle est le vœu du Roi : c'est à moi d'y souscrire.
Marguerite, en passant sous les lois d'un époux.
Aurait pu m'inspirer des sentimens jaloux;
Seul peut-être aujourd'hui j'aurais droit de me plaindre ;
Mais c'est la Paix : je signe ; et , sachant me contraindre,
Pour l'intérêt public laissant mes intérêts.
Oubliant, dévorant mes déplaisirs secrets.
C'est au bien de l'Etat que je me sacrifie.
HENRI
J'obéis au désir d'une mère chérie.
Son fils, la paix prochaine, et des nœuds éclatans, Adoucissaient l'horreur de ses derniers instans. Ma main n'a pu fermer ses mourantes paupières. C'est au feu pâlissant des torches funéraires Que j'ai de mon hymen allumé le flambeau; Et l'autel m'attendait auprès de son tombeau. Mais Coligui me reste; et du moins elle laisse Un guide à ma vaillance , un père à nui jeunesse.