‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 105 sur 236 · CHARLES, CATHERINE · texte numérisé non relu

CHARLES, CATHERINE

IVloN fils, ce coup d'Etat nous est trop nécessaire.

Mais le jour de la Paix!

CATHERINE

La croyez-vous sincère?

Immoler tout un peuple!

CATHERINE

Il s'agit de régner.

Cet effroyable coup peut du moins s'éloigner.

CATHERINE

Frappons cette nuit même.

Ah ! ma pitié l'emporte.

CATHERINE

Vous avie?: consenti.

■loG CHARLES IX.

CHAULES.

Je le sais, mais n'importe:

Ce n'était point, Madame, à l'instant de frapper; Je m'essayais moi-même, et j'osais me tromper; Je m'abusais , vous dis-je ; il n'est plus tems de feindre: Je me croyais plus fort. Mais qu'avons-nous à craindre ? Ne précipitons rien. Je veux, que les esprits. Égarés tant de fois, soient toujours plus aigris; Que la paix soit encore ou vaine ou peu durable; Que des chefs protestans l'ambition coupable De la France à mes yeux prétende disposer : Mais n'avons-nous enfm rien à leur opposer? Si dans le fond du cœur ils sont encor rebelles , Ceux qui m'ont défendu, ceux qui me sont fidèles, Mes amis...

CATHERINE

11 faut bien vous éclairer, mon fils : Vous Ignorez encor qu'un roi n'a point d'amis. Je vous donne, il est vrai, des lumières fatales; Mais de vingt nations parcourez les annales: Vous trouverez partout d'infidèles sujets, Rampant et frémissant sous le joug des bienfaits, Ardens à trafiquer de la honte et du crime, Prêts à vendre l'Etat et leur roi légitime, A changer de devoir sitôt qu'un autre roi Marchande imprudemment ce qu'on nomme leur foi. L'intérêt fait lui seul les amis et les traîtres. Prenez du moins , prenez leçon de vos ancêtres.

Page 1