‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 127 sur 236 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

Dans Genève eut encore un plus brillant destin.

Il n'est qu'une raison de tant de frénésie:

Les crimes du Saint-Siège ont produit l'hérésie.

L'Evangile a-t-il dit: « Prêtres, écoutez-moi;

«Soyez intéressés, soyez cruels, sans foi,

«Soyez ambitieux, soyez rois sur la terre;

« Prêtres d'un Dieu de paix, ne prêchez que la guerre;

« Armez et divisez, pour vos opinions,

«Les pères, les enfans, les rois, les nations ?»

Voilà ce qu'ils ont fait.

LORRAINE

Osez-vous, téméraire....

Ne l'interrompez pas: continuez, mon père.

l'hospital.

Si Genève s'abuse, il la faut excuser : Les yeux fixés sur Rome, on pouvait s'abuser. Genève, récusant ce tribunal suprême.

Aura cru que le code inspiré par Dieu même. Toujours cité dans Rome et si mal pratiqué, Peut-être aussi dans Rome était mal expliqué. Dussions-nous de Calvin condamner l'insolence. Entre les deux partis l'Europe est en balance; Et parmi vos sujets le poison répandu Jusque dans votre cour déjà s'est étendu ! Ah ! quoique vos sujets, si vous devez les plaindre. Sire, vous n'avez pas le droit do les (onlraindre:

îê38 CHARLES IX.

Le dernier des mortels est maître de son cœur. Le tems amène tout, et ce n'est qu'une erreur; Et, si quelques instans elle a pu les séduire, L'avenir est chargé du soin de la détruire. Mais affecter un droit qu'on ne peut qu'usurper ! Commander aux esprits de ne pas se tromper! Non, non: c'est réveiller les antiques alarmes. En lisant votre édit, tout va courir aux armes; Et vous verrez encor dans vos champs désolés Par la main des Français des Français immolés ; Après tant de traités les Français implacables. Et contraints par vous-même à devenir coupables. Citoyen de la France, et sujet sous cinq rois. Sous votre frère et vous, ministre de ses lois. J'ai voulu raffermir ses grandes destinées: Elle est chère à mon cœur depuis soixante années. Sire, écoutez les lois, l'honneur, la vérité; Sire, au nom de la France, au nom de l'équité. Par cette âme encor jeune et qui n'est point flétrie, Au nom de votre peuple , au nom de la patrie ; Dirai-je au nom des pleurs que vous voyez couler, Que tant de maux sacrés cessent de l'accabler. Rendez-lui sa splendeur qui dut être immortelle : Votre vieux chancelier vous implore pour elle; Ou bien , si ma douleur ne peut rien obtenir, Je ne prévois que trop un sinistre avenir; Mais sachez que mon cœur n'en sera point complice.

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