‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 167 sur 236 · ACTE 1, SCENE IV. 3o · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE IV. 3o

Et, quant au Chancelier, n'est-il pas votre ouvrage?

LE CARDINAL

Compter sur l'Hospital serait lui faire outrage.

LE DUC

Du moins ce cœur timide , autant que généreux , Aime trop la vertu pour être dangereux. Bourbon m'arrête seul : c'est un roi magnanime ; Il me hait, je le hais ; mais il a mon estime : Sa candeur noble et fière inspire le respect ; Je ne sais quel instinct m'afflige à son aspect. Ce n'est pas avec vous que je veux me contraindre : Son aspect m interdit; et, si je pouvais craindre, Je l'avoiirai , mon cœur sentirait quelque effroi De voir un tel obstacle entre le trône et moi. Laissons là ce public , cette foule inconstante , Echo tumultueux des fables qu'elle invente. Qu'elle ose m'applaudir ou m'ose déprimer : Je ne descendrai point jusqu'à m'en faire aimer. Il est de ces mortels qu'outrage 1 indulgence, Du signe des héros marqués dès leur enfance, Par le choix de Dieu même au grand déterminés. Il est d'autres mortels à ramper destines, Automates flottans entre des mains habiles, Et dans l'obscurité traînant des jours stériles; Dévoués en naissant à l'oubli du trépas, Faits pour baiser la terre où sont marqués nos pas. De tous leurs vains propos que me fait 1 arrogance ? Le sort mit entre nous un intervalle immense. D'une gloire sans borne il faut les insulter. D'un regard complaisant quelquefois les flatter. Mais les tenir toujours couchés dans la poussière. A ceux que 1 on méprise on doit rougir de plaire.

Œuvres ancienues. I. 20

3oG CHARLES IX,

Votre neveu pourrait humilier son front, Et de leur amitié rechercherait l'affront! Mon père , mes aïeux m ont prépare la voie. Souffrez que devant vous tout mon cœur se déploie : Excusez ma fierté, croyez que vos avis. Reçus avec respect, ne seront pas suivis. Vous ne me verrez pas aux faveur plébéiennes Vendre le nom de Guise et le sang des Lorraines ; Je ne veux point fléchir, je ne sais point tromper; Et, pour monter, enfin, je ne dois point ramper.

LE CARDINAL

J'admire, en le blâmant, cet orgueil magnanime;

Je vois de nos aïeux lambition sublime :

Si tu régnais un jour, les Français plus heureux

Adoreraient les lois d'un maître digne d'eux.

Mais pour toi, cependant, je crains tes vertus même;

Je crains ta confiance et ta fierté, que j'aime.

Tous ces dons généreux que tu devrais cacher.

On aperçoit le but où tu prétends marcher;

Sans l'avoir découvert j'aurais voulu l'atteindre;

Tu n'y parviendras pas si tu deviens à craindre.

Vois par des riens sacrés les Français gouvernés ,

Sans but, sans intérêt, loin d'eux-même entraînés.

Guise, où vont s'arrêter tant d'esprits fanatiques.**

C'est peu d'avoir proscrit le sang des hérétiques :

Quand nous aurons du trône écarté les Valois,

Ces Bourbons , ces Coudés , ne seront point nos rois.

Un protestant peut-il commander à la France.'*

Songeons à profiter de l'antique ignorance.

Je voudrais qu'en ce jour on nous eût accordé

Le sanff du Navarrois et celui de Condé :

Médicis le refuse. Un allié son gendre !

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