‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 176 sur 236 · ACTE II, SCENE III. '5ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III. '5ii

Pourront servir en tout il'exeniple aux nations.

LE ROI DE FRANCE

Oui, c'est le noble empire où nous devons prétendre. La gloire vient du Ciel ; qu'il daigne vous entendre ! Qu'il hâte les honneurs aux Français destinés! Nous, préparons ces jours brillans et fortunés. Le bien de mes sujets m'occupera sans cesse; Puissé-je par mes soins obtenir leur tendresse !

l'amiral.

O mon roi ! je réponds de la France et de vous , Si vous sentez le prix d'un hommage aussi doux. Excusez ma franchise, à la cour étrangère; Vous n'en redoutez point le langage sévère; Eh bien, souffrez encore un avis généreux : De tous ceux que m'inspire en ce moment heureux A vous, à votre Etat mon dévoûment sincère. Ce sera le dernier, mais le plus nécessaire. Sire , on vous a trompé. Vos édits inconstans , Scellés presque toujours du sang des protestans , Ont annoncé chez vous un cœur faible et mobile, Dont pourrait abuser quelque imposteur habile. Evitez les malheurs des rois trop complaisans ; Ne laissez point sans cesse, au gré des courtisans. Errer de main en main l'autorité suprême ; Ne croyez que votre âme, et régnez par vous-même; Et, si de vos sujets vous désirez l'amour, Soyez roi de la France, et non de votre cour: Elle opprime le peuple. Ah ! d'un œil équitable Voyez toujours en lui votre appui véritable ; Songez qu'autour de vous des millions d'humains D'un mot de votre bouche attendent leurs destins; Songez que pour vous seul tout ce peuple respire.

OEuvrcs anciennes. I. 2 T

Il t'ait par ses travaux l'éclat de votre empire, Il cultive nos champs, il défend nos remparts; Mais un voile ennemi vous cache à ses regards; Mais, tandis qu'il se plaint, son monarque sommeille; Et ses cris rarement vont jusqu'à votre oreille. Rappelez-vous , mon maître , ayez devant les yeux L'exemple révéré de vos plus grands aïeux. L'un , sujet malheureux , eut un règne prospère ; Il chérissait le peuple , et fut nommé son père : L'autre , plus grand encor, dans la seule équité D'un monarque français mettant la majesté, Indulgent pour ce peuple, à ses besoins propice, Au pied d'un chêne assis , lui rendait la justice. De ce royal esprit laissez-vous animer : Pour obtenir 1 amour, leur secret fut dainier.

LE ROI DE FRANCE

Leur vertu m'est présente ; et l'Etat me contemple.

Comme eux, je veux un jour laisser un grand exemple;

Je saurai mettre un terme à nos calamités ;

Vos desseins, Coligni, seront tous adoptés.

Allez : à vos amis portez-en la nouvelle.

Gardez cette franchise et ce vertueux zèle :

Régner par vos avis est mon vœu le plus doux.

l' amiral.

Le mien, Sire, est de vivre et de mourir pour vous.

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