ACTE III, SCÈNE I
Il est des noms sacrés, et des noms odieux.
Louis neuf à jamais laisse un modèle auguste :
11 fut brave et pieux , et surtout il fut juste.
Son sceptre ne fut pas trop faible ou trop pesant;
Et s'il eut des erreurs, quel homme en est exempt !
Si l'excès d'un vain zèle a séduit son courage,
A ce grand roi, du moins , rendons un digne hommage ;
Ses fautes sont du tems , ses vertus sont de lui :
La voix du monde entier le révère aujourd'hui.
Le fils de Charles sept n'aima que les supplices ;
11 redoutait son peuple, et jusqu'à ses complices.
Fils et sujet rebelle, et roi dénaturé,
De gardes, de flatteurs, de bourreaux entouré,
Sa sombre tyrannie entassait les victimes;
Et des prisons d'Etat il peuplait les abîmes.
Il fut craint; mais l'histoire a dans tout l'avenir
De haine et de mépris chargé son souvenir.
Quel exemple aux mortels qui portent la couronne !
Laissons faire le tems : à la grandeur du trône
On verra succéder la grandeur de l'Etat ;
Le peuple tout à coup reprenant son éclat,
Et des longs préjugés terrassant l'imposture,
Réclamera les droits fondés par la nature;
Son bonheur renaîtra du sein de ses malheurs ;
Ces murs, baignés sans cesse et de sang et de pleurs,
Ces tombeaux des vivans, ces bastilles affreuses
S'écrouleront alors sous des mains généreuses.
Au prince, aux citoyens imposant leur devoir.
Et fixant à jamais les bornes du pouvoir.
On verra nos neveux, plus fiers que leurs ancêtres,
Reconnaissant des chefs , mais n'ayant point de maîtres ,
Heureux sous un monarque ami de l'équité,
33o CH/IRLES IX.
Restaurateur des lois et de la liberté.
LE CARDINAL
Oui, ce discours, sans doute, est un élan sublime : On reconnaît toujours l'esprit qui vous anime. Cet orgueil de sagesse et ce langage outré D'un fougueux magistrat par le zèle égaré. Qui, résistant au fils, et jugeant les ancêtres, Ose usurper le droit de condamner ses maîtres. Finissons. Mais je veux ne vous déguiser rien : Le crédit qui vous reste est peut-être le mien; Enfin, vous me devez votre fortune entière; Et , lorsque Médicis , exauçant ma prière , Remit, sous le feu roi, les sceaux entre vos mains, Je suis, disais-je alors, garant de ses desseins: Du seul bien de l'Etat son âme est occupée ; Elle m'a cru , Monsieur.
LE CHANCELIER
Et lavez-vous trompée ?
C'est en effet l'Etat que j'ai dû soutenir ; Mais le passé n'a point quitté mon souvenir. Sans vous, sans votre appui, peut-être ma fortune. Je veux bien l'avouer, eût été plus commune. Si le rang que j'occupe est un de vos bienfaits , Si je vous dois beaucoup, je dois plus aux Français. Il fallait enchaîner les discordes ciAriles, Fixer des droits rivaux les bornes difficiles, Et, quand tous les partis ont méconnu les lois. Faire entendre partout leur inflexible voix. Pour appui dès long-tems n'ayant que mon courage, Partout, jusqu'à ce jour j ai fait tête à 1 orage; J'ai tâché d'accomplir ou de montrer le bien , D'être sujet, Monsieur, mais d'être citoyen,