ACTE III, SCÈNE IL SSy
Et, si quelques instans elle a pu les séduire, L'avenir est chargé du soin de les détruire. Mais affecter un droit qu'on ne peut qu'usurper! Commander aux esprits de ne pas se tromper ! Non , non : c'est réveiller les antiques alarmes. En lisant votre édit , tout va courir aux armes ; Et vous verrez encor, dans nos champs désolés, Par la main des Français les Français immolés. Après tant de traités les Français implacables , Et contraints par vous-même à devenir coupables. Citoyen de la France, et sujet sous cinq rois, Sous votre frère et vous ministre de ses lois , J'ai voulu raffermir ses grandes destinées; Elle est chère à mon cœur depuis soixante années. Sire, écoutez les lois , l'honneur, la vérité; Sire, au nom de la PVance, au nom de l'équité. Par cette âme encor jeune, et qui n'est point flétrie. Au nom de votre peuple, au nom de la patrie, Dirai-je au nom des pleurs que vous voyez couler, Que tant de maux sacrés cessent de l'accabler ! Rendez-lui sa splendeur qui dut être immortelle : Votre vieux Chancelier vous implore pour elle; Ou bien, si ma douleur ne peut rien obtenir, Je ne prévois que trop un sinistre avenir; Mais sachez que mon cœur n'en sera point complice. Avant les protestans qu'on me mène au supplice : Je condamne à vos pieds ce dangereux édit ; Je ne le puis sceller; punissez-moi : j'ai dit.
LE ROI DE FRANCE
Moi! je VOUS punirais ! non, non, des traits de flamme, Tandis que vous parliez, ont pénétré mon âme. Chancelier, je vous crois , et je pleure avec vous.
Œuvre» anciennes. I. 22
Oui, je veux adoptei des sentimens plus doux; Oui, c'est la vérité : je dois la reconnaître; Oui, j'ai pu me tromper; on m'égarait peut-être. Adieu, Madame; et vous, suivez-moi, Chancelier.