‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 196 sur 236 · ACTE IV, SCÈNE VI. 35i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI. 35i

Le trône est attaqué par une secte impie. Accusant chaque jour le trop lent avenir, Vos cris semblaient hâter l'instant de la pvinir : Votre juste fureur, trop long-tems retenue, Peut éclater enfin. La nuit, l'heure est venue : Faites votre devoir ; et , comblant nos souhaits , Sachez de votre Roi mériter les bienfaits.

LE DUC

Sitôt que le signal se sera fait entendre,

Vous verrez qu'à ce prix nous pouvons tous prétendre.

Nous partirons, Madame, aux accens de l'airain.

Qui va sonner pour nous dans le temple prochain.

Ma main, je l'avoûrai, dans une nuit si belle.

Voudrait seule immoler tout le parti rebelle •

Mon cœur même conçoit un déplaisir secret ,

Et, plein d'un tel honneur, le partage à regret.

Mes compagnons, du moins, sont dignes de me suivie.

De cueillir les lauriei's que le destin nous livre ;

Et, contre les proscrits dès long-tems animés,

De l'ardeur qui me brûle ils sont tous enflammés.

LE ROI DE FRANCE

Vous m'aimez, je le crois; vous servez votre maître ; Mais long-tems mon esprit, trop timide peut-être, Conçut avec frayeur un si hardi dessein : D'une amertume affreuse il remplissait mon sein. Jusques dans mon sommeil la redoutable idée S'offrait... Ne craignez rien : mon âme est décidée. Puisque le Ciel vengeur ordonne leur trépas , Puisqu'au fond de l'abyme il entraîne leurs pas , Puisqu'il faut opposer le parjure au parjure, Puisqu'il s'agit enfin de la commune injure , Du salut de mon peuple et de ma siireté,

Je ne balance plus ^ le sort en est jeté :

(La cloche sonne trois fois lentement.)

Versez le sang, frappez. Ciel ! qu'entends-je ? Ah! Madame!

LE DUC

Reine, c'est à vos soins de raffermir son âme. Pour nous, le glaive en main, nous jurons à genoux De venger Dieu, l'Etat, le Roi, l'Église, et nous. Roi, chassez maintenant ces stériles alarmes; Exhortez-nous, Pontife, et bénissez nos armes.

( La cloche sonne trois fois lentement.) (Le duc de Guise et tous les autres Courtisans mettent un genou en terre, en croisant leurs épées. Ils restent dans cette position pendant le discours du cardinal de Lorraine.)

LE CARDINAL

De limmortelle Eglise humble et docile enfant, Et créé par ses mains prêtre du Dieu vivant, Je puis interpréter les volontés sacrées. Si d'un zèle brûlant vos âmes pénétrées Se livrent sans réserve à l'intérêt des Gieux ; Si vous portez au meurtre un cœur religieux , Vous allez consommer un important ouvrage, Que les siècles futurs envîront à notre âge. Courez et servez bien le Dieu des nations; Je répands sur vous tous ses bénédictions. Sa justice ici-bas vous livre vos victimes. Sachez qu'il rompt au Ciel la chaîne de vos crimes. Oui, si, jusqu'à présent, vous en avez commis, Par le Dieu qui m'inspire ils vous sont tous remis. L'Église, en m'imprimant un signe ineffaçable, Défendit à mes mains le sang le plus coupable; Mais je suivrai vos pas, je serai près de vous; Au nom du Dieu vengeur je conduirai vos coups. Guerriers, que va guider sa sainte Providence,

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