RÉPONSE
26 juillet 1790.
L'assemblée du district des Cordeliers a reçu, Monsieur, les deux cent cinquante livres que vous avez fait remettre, ce qui est votre part du produit de la dernière représentation de votre tragédie de Charles IX: elle me charge de vous en témoigner toute sa reconnaissance. Cette représentation , si difficilement obtenue, aura donc produit deux avantages : d'abord celui de secourir les indigens , et, en second lieu, de faire jouir nos frères les fédérés des départemens d'un ouvrage dans lequel vous faites si bien valoir les bons principes, et où vous combattez si puissamment le fanatisme et les préjugés.Vous annoncez , Monsieur, que vous destinez également aux pauvres votre part du produit de toutes les représentations que les Comédiens donneront de cette pièce pendant votre vie: le district des Cordeliers, qui très -souvent gémit quand la multitude applaudit, s'est livré aux plus vives acclamations en apprenant ce généreux sacrifice; tous les cœurs sont pénétrés pour vous de la plus parfaite estime. Nous désirons que ce
OEuvres anciennes. I. 2D
4o2 RÉPONSE.
sentiment, que partagent tous les bons citoyens, vous dédommage des atteintes de l'envie et de la calomnie. Au surplus, croyez, Monsieur, que l'auteur de Charles IX n'aura jamais d'autres ennemis que ceux du bien public et de la liberté. Vengezvous d'eux par de nouveaux succès : nous les punirons par le plus souverain mépris.
Je suis avec la plus intime fraternité,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur. Signé Paré, vice-président.
GuELLARD DU Menis, Secrétaire.
vin.
LETTRE
Ce 2 octobre 1790.
Messieurs,
La Comédie française vous prie d'insérer cet extrait de lettre dans votre journal : il est essentiel que le public soit instruit des motifs qui s'opposent pour demain dimanche à la représentation de Charles IX.
Nous avons l'honneur d'être , etc.
Signé, DoRivAL, semainier, et Grammont.
Extrait d'une lettre de M. J. Ch énier à M. de la Porte , secrétaire de la Comédie française , du 3i septembre (i^'^ octobre) 1790.
«Ayant vu mercredi, Monsieur, ma tragédie de Charles IX affichée pour le lendemain, j'ai écrit à M. le maire, afin de savoir si cette représentation était donnée , comme celle du mardi, en vertu des ordres de la Municipalité. Sa réponse m'ap-
4o4 LETTRE AU JOURNAL DE PARIS.
prend que, pour cette fois, les Comédiens ont affiché Charles IX de leur propre mouvement. Je le vois encore affiché pour dimanche : je vous prie, Monsieur, de leur faire observer que j'en suis l'auteur; que je n'ai cédé à personne le droit de faire représenter cette pièce sans avoir obtenu mon consentement; que, si j'ai cédé aux pauvres la rétribution qui m'appartenait pour Charles IX, je dois veiller à leurs intérêts, et ne pas laisser envahir leur propriété par les Comédiens. Mon intention est donc que Charles IX ne soit plus représenté sur ce théâtre, jusqu'au moment où l'Assemblée nationale aura prononcé relativement à la pétition des auteurs dramatiques. »
LETTRE
Ce 5 octobre 1790.
Messieurs,
L'extrait de ma lettre que les Comédiens français vous ont adressé pour le publier demande un mot d'explication. Depuis que ces Messieurs avaient refusé avec tant de constance de jouer Charles IX au moment de la Fédération , je m'étais promis de ne laisser représenter aucun de mes ouvrages sur leur théâtre, avant que l'ordre convenable y fut établi par une loi générale et par des réglemens nouveaux, La Municipalité leur a ordonné de jouer Charles IX mardi dernier : je n'ai voulu ni dû m'opposer à cet ordre. Ils l'ont représenté le jeudi suivant sans un ordre de la Municipalité, et sans demander mon consentement. Ils l'ont encore affiché pour le dimanche : j'ai fait retirer la pièce de l'affiche; et voici mes raisons.
Selon les réglemens actuels de la Comédie fran-
4o6 LETTRE AU JOURNAL DE PARIS.
raise , quand la recette d'une pièce n'a monté qu'à une certaine somme deux fois de suite ou trois fois en différens tems, la pièce n'appartient plus à l'auteur, mais à la Comédie. Charles 1X113. jamais été dans ce cas; mais ce qui n'est pas arrivé pourrait arriver, grâce à la bonne volonté des Comédiens, qui ont un art admirable sur ce point, comme on peut s'en convaincre, en lisant un fort bon mémoire de M. Fenouillot de Falbaire. Si la chose arrivait, les pauvres, à qui j'ai cédé ma part d'auteur durant toute ma vie, se trouveraient frustrés de cette donation : ainsi , pour éviter de les voir dépouillés, j'ai dû attendre le moment où l'Assemblée nationale voudra bien prononcer sur la pétition des auteurs dramatiques. On sait que cette pétition a été fortement appuyée auprès de la Municipalité par une autre pétition, signée d'un très-grand nombre de citoyens distingués ^
1. Le rapport sur la Liberté des the'àtres et sur la durée de la propriété des ouvrages dramatiques fut rédigé et présenté à l'Assemblée nationale par Chapelier. Après quelques débats, le projet du Comité fut adopté textuellement. Il porte en substance que les théâtres sont libres du choix de leurs pièces, mais que la propriété des auteurs dramatiques appartiendra à leurs héritiers durant cinq ans après leur mort. Ce décret est daté du 1 5 janvier 1791.
( Note de l'Éditeur. )