SCÈNE I. 4i
LA VICOMTESSE
Je crois , en honneur, que vous les avez devinés , Madame... Mais, voici le journal qu'on apporte. Je ne m'étonne pas s'il se faisait attendre : le paquet me paraît énorme.
LA VIDAME
Ce sont des supplémens dont je les dispenserais volontiers , et qui ne roulent que sur de prétendues offrandes patriotiques, qui vous sont, je crois, trèsindifférentes.
LA BARONNE
En effet , que nous importe une liste de noms qui ne sont de la connaissance de personne ?
LA VIDAME
Vous n'y pensez pas , Madame : il n'y a presque plus que des gens titrés qui donnent.
LA VICOMTESSE
Oui ; mais , comme ils s'en sont avisés un peu tard , le public est assez ingrat, assez malin pour dire qu'ils ne donnent pas , mais qu'ils restituent.
LA VIDAME
A propos, c'est aujourd'hui le jour de ma loge : voyons un peu l'article Spectacles.
LA BARONNE, lisant.
Théâtre de la Nation.... N'êtes -vous pas un peu choquée de ce nouveau titre?
LA VIDAME
Eh! qui ne le serait pas? Tout devient, autour de
4i4 LA. CRITIQUE DE CHARLES IX.
nous, d'une monotonie affreuse. Milice nationale, Garde nationale. Cocarde nationale ! Vous verrez qu'on finira par nous donner des marionnettes nationales. Mais, continuez: que nous annonce, pour aujourd'hui, l'auguste théâtre?
LA BARONNE
Faut-il le demander ? Charles IX.
LA VIDA ME
Quoi ! toujours ce misérable Charles IX? On n'y tiendra pas : c'est une véritable conspiration.
LA BARONNE
Je me flatte que vous n'avez pas vu cette indigne pièce.
LA VIDAME
Oh! vous pouvez être bien sûre que non.
LA VICOMTESSE
Et vous lui tiendrez rigueur jusqu'à la fin ?
LA VIDAME
J'ai fait serment de ne la voir, ni de la lire.
LA VICOMTESSE
Eh bien! je vais en subir l'humiliation : je n'ai pu me défendre d'un mouvement de curiosité, d'autant plus vif que mon mari m'avait donné une espèce d'ordre de n'y point aller.
LA VID AME
Quoi ! vous avez pu consentir à vous encanailler au point de grossir la foule du peuple qui se précipite à cette pièce?