‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 4 sur 236 · Acte II, scène 11, page 0.65 et siiiv · texte numérisé non relu

Acte II, scène 11, page 0.65 et siiiv

Exclamation involontaire , qui jette un tragique rayon de lumière sur la complicité de l'Empereur! Sa dissimulation écarte l'agent des dissensions de l'armée et de la mort d'un fils adoptif qu'il feiiît

î6 ANALYSE RAISONNEE

(le pleurer et de vouloir venger lui-même. Il a commandé le forfait que Pison a commis, et dont la voix d'Agrippine réclame le châtiment; mais le courroux éloquent et la juste poursuite de cette veuve auraient trop d'éclat : il ne veut pas qu'elle recueille le fruit du crime qu'il a commandé , en cultivant les ressentimens qu'il inspire , ni qu'elle hérite de l'honneur du héros sacrifié, en faisant punir ses ennemis. Quel moyen lui suggérera sa prudence? celui de changer, à la faveur d'une loi, l'organe de l'accusation ; de suppléer aux accens trop solennels d'Agrippine par ceux du vil Fulcinius, personnage indispensable dans le tableau d'une telle cour, puisque c'est un délateur vendu, flétri , que le prince a fait asseoir parmi les membres du sénat. Le choix d'un si misérable défenseur de la cause intentée contre Pison obscurcira les imputations , infirmera les griefs , diminuera la valeur des plaintes d'Agrippine , et laissera Tibère libre de perdre ou de sauver l'accusé. D'ailleurs, ime artificieuse précaution pour la paix de l'empire , et l'intérêt de l'équité , ne permettront point que les débats soient livrés à la véhémence des tribunaux populaires : on renfermera ce procès auguste dans le conseil secret des Pères conscrits. Chacun garde le silence; et, quand Tibère affecte de déplorer le sort du noble Pison, et de s'étonner qu'il n'ait déjà plus de défenseurs , on entend

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