‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 52 sur 236 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Et l'injuste dédain dont ma flamme est payée

M'interdit désonnais la trace de vos pas ,

El me rend tout entier à la gloire, aux combats.

A Zi É M I R E.

Cette noble fureur a droit de me confondre;

Mais je sais l'excuser, et veux bien vous répondre.

Quatre ans sont écoulés du moment qu'au cercueil

Mon père descendu mit tout ce peuple en deuil ;

Et moi, seule, orpbeline, et sans expérience,

Seigneur, quand je touchais aux bornes de l'enfance,

Il me fallut régner; et de mes faibles mains

La Cilicie entière attendit ses destins.

D'une commune voix à l'hymen appelée,

De moment en moment, jusqu'au sein d'IIéraclée,

Et l'Afrique et l'Asie envoyaient à mes pieds

Des princes, des héros les vœux humiliés.

Si de mon choix long-tems j'eusse été la maîtresse,

J'aurais pu, j'aurais dû. Seigneur, je le confesse,

Puisque tout me pressait de nommer un époux.

Entre tant de héros jeter les yeux sur vous;

Mais vous êtes instruit de l'amour qui m'enflamme ;

Et le plus doux espoir qui flatte encor mon âme

Est de voir aujourd'hui Soliman m'oublier.

Et de rendre à la gloire un si vaillant guerrier,

SOLIMAN

Vous m'insultez, cruelle, et vous ne pouvez croire Que j'écoute en effet les conseils de la gloire. \ous vous trompez: un jour vous me connaîtrez mieux.

84 AZÉMIRE

Si je vous aime encor, un jour, loin de vos yeux, Éteignant à loisir cette ardeur qui vous flatte, Je saurai, croyez-moi, détester une ingrate. Etouffer de son nom l'odieux souvenir.

Dédaigner ses mépris, peut-être les punir.

AZÉMIRE

J'y consens. Mais d'où vient cette haine cruelle? Ce jour à des sermens me voit-il infidèle? Seigneur, tant qu'à mes lois votre cœur fut soumis^ Ma bouche ni mon cœur ne vous ont rien promis. Victime dévouée à Soliman, qui m'aime.

Ne puis-je, toutefois, disposer de moi-même? J'avais cru de l'amour le langage plus doux ; Et, d'un jeune héros, tout aussi grand que vous, Azémire, Seigneur, plus tendrement aimée, N'est point à la menace encor accoutumée.

SOLIMAN

Ainsi , vous le verrez par des nœuds si chéris Oublier aisément son culte et son pays; Fouler aux pieds le Dieu qu'ont adoré ses pères, LeDieu qu'aux champs d'honneur appelaient ses prières. Dont ses chrétiens et lui, pleins d'un zèle si beau , Sont venus conquérir le stérile tombeau ! Et, de nos ennemis réprimant l'insolence. Son bras va désormais porter votre vengeance! Vous retrouvez. Madame, en un si grand appui^ Soliman, vos sujets, que vous bravez pour lui! S'il faut que d'un chrétien ils subissent la chaîne.

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