‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 7 sur 236 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

que jamais, Chénier voulut rentrer dans la car-* rière. Philippe et Tibère ^ allaient illustrer son retour; mais déjà s'évanouissait ce fantôme imposant qu'avait rêvé la ferveur républicaine. Chénrer comprit toutes les conséquences du péril que devait courir un ami de la République; et, lorsque trompé dans sa plus chère espérance, il vit l'ambition usurpatrice proscrire cette liberté à laquelle il avait consacré ses accens et ses veilles ; lorsqu'il vit la France passer sous une domination absolue, sa muse, qui ne concevait rien que de libre et d'héroïque, se couvrit tout à coup d'un voile funèbre ; le chant du cygne ne tarda même pas à

I. Ces deux ouvrages , imprimés dans le premier volume des OEiivres posthumes de Chénier, n'ont jamais été représentés. Tibère seul, que tous les connaisseurs s'accordent à placer à la tète des tragédies les plus distinguées de notre siècle, fut mis en répétition il y a peu d'années. Il était même à la veille d'être joué, lorsque des ordres supérieurs vinrent en défendre sur-le-champ la représentation. Nous n'entreprendrons pas de rappeler ici les motifs qui ont provoqué, en 1820, cet acte d'autorité: les journaux du temps se sont chargés du soin de les expliquer. Il nous suffit de dire que, ce qui à cette époque pouvait donner lieu aux allusions n'existant plus aujourd'hui, rien ne saurait s'opposer désormais à la représentation de Tibère ; et que la reprise encore toute récente du Germanicus de M. Arnault doit nous faire espérer un tems plus heureux pour toutes les productions dramatiques écartées de la scène par des raisons semblables à celles qui en ont éloigné Tibère.

DE L'ÉDITEUR. v

se faire entendre ^ Chénier succombait, âgé de quarante-six ans, aux funestes progrès d'une maladie mortelle, qu'avaient encore hâtés des chagrins sans nombre et les violentes agitations de sa vie politique.

Certes, tant de talens et d'infortunes devaient naturellement intéresser en sa faveur le siècle dont il avait aussi commencé la gloire. Il importait d'éterniser dans le souvenir de ses concitoyens ses travaux mémorables, fruits du génie, du courage , et du malheur : aussi la dette aujourd'hui payée à sa mémoire fut-elle réclamée d'une voix unanime !

A la vérité, depuis quelques années, plusieurs éditeurs ont publié, en différens formats et par parties détachées, les principaux ouvrages de Chénier; mais le vœu général des amis des lettres était de voir décerner aux oeuvres d'un des premiers écrivains du dix-neuvième siècle les honneurs d'une édition digne de lui, et exécutée avec tout le luxe typographique. Ajoutons que ces divers éditeurs, soit qu'ils n'aient pas eu connaissance des corrections et des augmentations faites par Chénier lui-même à ses œuvres, soit qu'ils n'aient pas eu la faculté de se les procurer.

I. Voyez son élégie intitulée : la Promenade , tome II des OEuvres posthumes.

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