‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 70 sur 236 · ACTE III, SCÈNE II. io · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. io

Eh! contre qui veux-tu que ma main soit armée? J'ai déposé le glaive, et c'est pour elle enfin; Et je dois le reprendre et lui percer le sein ! Elle, qui, nourrissant une injuste espérance. Voyait déjà mon bras voler à sa défense ! Connais-moi : pour servir aujourd'hui son courroux, Non, sans doute , mon bras ne peut rien contre vous : A l'honneur jusque-là je ne suis point rebelle, Non; mais pour vous enfin je ne puis rien contre elle.

d'à M BOISE.

Sois son vengeur, Turenne , ou sois son ennemi ,

Et non pas vertueux, criminel à demi.

Pour ces murs cependant un long calme s'apprête;

Tous les vœux sont tournés vers une autre conquête :

Bouillon, d'un siège obscur fatigué désormais,

Au sépulcre divin veut marcher sans délais;

Rien ne doit t'alarmer.

Ainsi loin d'Azémire,

Pour venger notre affront, j'irais...

d'amboise.

Qu'oses-tu dire ?

Ce n'est pas notre affront, c'est l'injure des cieux.

Quand nous avons quitté ces champs délicieux

Que baigne la Gironde, ou la Seine, ou la Loire ,

Ce fut pour conquérir une pénible gloire;

Et, franchissant les monts, les fleuves, les torrcns,

L'astre des Syriens, aux regards dévorans, , , ,,,.

io6 AZÉMIRE.

Les armes, les remparts, les landes infécondes. Nous devions du Jourdain venger les saintes ondes, Abattre du croissant la coupable grandeur, Et des murs de Sion relever la splendeur. Cette œuvre généreuse est presque consommée. D'un triomphe éternel notre route est semée: Tout a subi le joug ; Sion nous tend les bras; Pour aller jusqu'cà Dieu nous n'avons plus qu'un pas , Un seul; et tu prétends retourner en arrière! Que diront les Français, que dira ton vieux père, Alors qu'il apprendra par d'indignes récits Qu'en des bords criminels on a laissé son fils; Qu'à l'honneur, aux combats qui t'appelaient loin d'elle. Son fils a préféré les bras d'une infidèle ; Ce fîJs qu'aimait la France, et que du haut des cicux Avec orgueil déjà contemplaient ses aïeux? Ton père! et voilà donc le prix de sa tendresse? Il se rappellera ces tems où sa vieillesse Dans les champs de l'honneur guidait tes preuîiers pas. Ce héros, sans regret voisin de son trépas. Voyait revivre en toi ses belles destinées. Après avoir été pendant quarante années Le soutien de nos lis, l'honneur des chevaliers , Ses cheveux blancs encore attendaient tes lauriers: 11 lui faut désormais, sans fils, sans espérance, Charge de tant d'exploits, rougir devant la France; Et, de ses jours vieillis maudissant le fardeau, Traîner plaintivement son nom dans le tombeau.

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