TURENNE, AZÉMIRE, ISMÈNE
AZÉMIRE
Enfin donc, quelque jour nous pourrons sans alarmes , D'un amour mutuel respirer tous les charmes, Turenne ; et ce chrétien que vous venez de voir De vous rendre h Bouillon n'a plus aucun espoir!
TURENNE
(A part.) (Haut.)
Quel supplice!... Azémire!...
AZÉMIRE
Eh bien !
TURENNE
(A part.) Quoi ! je balance.
(Haut.) (A part.)
Sachez... Non, cet effort n'est pas en ma puissance.
AZÉMIRE
Vous détournez les yeux, vous pleurez; et je voi Qu'il vous en a coûté pour être tout à moi. Comme si les destins , à mes feux plus propices. M'imposaient aujourd'hui de moindres sacrifices! Ah! mes sujets, Turenne, eh! puis-je m'abuser-^ Si Bouillon vous accuse, oiU droit de m'accuser,.
112 AZÉMIRE
S'il faut de mes traités rendre compte à l'Asie, Je dois le confesser: rien ne les justifie; Mais enfin je vous aime... et vous m'aimez.
TURENNE
Hélas!
Vous voyez... apprenez... vous ne concevez pas...
AZÉMIRE
Ciel ! que dois-je augurer? quel trouble!
TURENNE
Non, Madame, On ne brûla jamais d'une aussi tendre flamme.
AZÉMIRE
Eh bien! s'il est ainsi, qui peut donc vous troubler?
TURENNE
(A part. )
G Dieu! comment se taire, et comment lui parler?
(Haut.)
Ce chrétien... Nos deux cœurs sont unis dès l'enfance; Son amitié, Madame...; excusez mon silence: De tout ce qu'il m'a dit mes sens encor émus...
AZÉMIRE
Turenne, apprenez-moi...
TURENNE
Ne m'interrogez plus.
Je ne puis vous parler, hélas! ni vous entendre; Et j'ai loin de vos veux des larmes à répandre.